leader du jour GHOL Olivier Cochereau
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9. juin 2026

Focus: initiative sur les soins infirmiers

Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique (GHOL)

Soins infirmiers: la réalité du terrain à Nyon

Alors que Berne débat de la deuxième étape de l’initiative sur les soins infirmiers, le GHOL mise sur des solutions concrètes pour retenir ses équipes. Management de proximité, flexibilité et accompagnement des jeunes diplômé·e·s sont au coeur des préoccupations.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

À Berne, la deuxième étape de l’initiative sur les soins infirmiers alimente les débats politiques autour des conditions de travail, des effectifs ou encore du financement du secteur. Mais dans les services hospitaliers, les préoccupations sont souvent plus concrètes. «Les équipes suivent surtout ce qui a un impact direct sur leur quotidien», observe Sabine Deregnaucourt, infirmière cheffe du pôle médecine interne et soins intensifs du Groupement hospitalier de l’ouest lémanique (GHOL). Elle cite par exemple la récente majoration du temps de travail de nuit, entrée en vigueur en janvier 2026.

«Ce genre de mesure est connu des équipes parce qu’il y a un effet concret. Mais les discussions parlementaires, elles restent assez éloignées du terrain »

Un besoin de meilleure communication

Pour la responsable, il existe encore un fossé entre les instances politiques et les soignant·es. «Les informations arrivent parfois par des tracts distribués dans les services, sans véritable échange. Il faudrait probablement une communication plus structurée et plus proche du terrain.»

GHOL Deregnaucourt Sabine
«Le management de proximité joue un rôle énorme dans la fidélisation», souligne Sabine Deregnaucourt (photo: GHOL).

Cette distance explique aussi pourquoi les revendications exprimées dans les débats fédéraux ne correspondent pas toujours exactement aux attentes quotidiennes des équipes, dont une grande part est d’origine frontalière. «Ce qu’on entend le plus dans les services, ce sont les questions d’effectifs, de charge de travail et d’équilibre de vie.»

Garder les soignant·es dans la profession

Pour Sabine Deregnaucourt, l’un des enjeux centraux de la deuxième étape de l’initiative est la rétention du personnel: «Le problème aujourd’hui, ce n’est pas seulement d’attirer des infirmier·ères. Il faut surtout réussir à les garder.»

Au GHOL, la pénurie reste contenue grâce à l’attractivité de la région et aux nombreuses candidatures provenant de France voisine. «Les conditions de travail suisses restent très attractives pour les frontalier·ères, tant au niveau des salaires que de l’organisation.» Mais cela ne suffit pas à faire disparaître les tensions. «Les nouvelles générations ont un rapport différent au travail. Elles veulent préserver leur vie privée, leur santé mentale et leur équilibre familial. Et il faut entendre cette évolution.»

Un management plus flexible

Face à cette réalité, l’hôpital adapte progressivement son fonctionnement. Les équipes peuvent exprimer leurs préférences concernant les horaires, les nuits ou l’organisation des plannings. «Nous essayons vraiment de tenir compte des contraintes personnelles. Certaines personnes veulent faire davantage de nuits, d’autres très peu.» Cette flexibilité représente un travail important pour les cadres, mais elle constitue selon elle un levier essentiel de fidélisation. «Si vous dites non à tout, les collaborateur·rices partent rapidement.»

Le GHOL a également mis en place plusieurs mesures destinées à soutenir les équipes: horaires de 12 heures, congés pour proches aidants, possibilités de remplacement rémunéré ou encore dispositifs pour limiter les interruptions de travail.

Le rôle du «leader» pour soulager les équipes

L’une des particularités organisationnelles du GHOL réside dans le rôle d’«infirmier·ère leader». Cette personne coordonne les flux, organise les examens et décharge les équipes des tâches administratives. «L’objectif est simple: donner davantage de temps aux soignant·es pour les patient·es.» Des points de situation rapides sont également organisés deux fois par jour afin d’identifier immédiatement les difficultés. «Cela permet de redistribuer les ressources si une équipe est en surcharge.»

Pour Sabine Deregnaucourt, ce type d’organisation montre que certaines réponses peuvent déjà être trouvées au niveau institutionnel: «Le management de proximité joue un rôle énorme dans la fidélisation.»

Mieux accompagner les jeunes diplômé·es

L’un des sujets qui préoccupe particulièrement l’infirmière cheffe concerne les débuts de carrière. «Nous constatons que les jeunes diplômé·es ont besoin d’un accompagnement plus long», observe l’experte.

Selon elle, les soins se sont fortement complexifiés: multiplication des actes techniques, dossiers informatisés chronophages, responsabilités juridiques accrues. «Les nouveaux·elles diplômé·es arrivent parfois avec six patient·es en formation et se retrouvent ensuite avec huit à dix patient·es à gérer.»

Actuellement, l’encadrement des nouvelles recrues dure environ six jours. Un modèle jugé très insuffisant: «Si l’on veut garantir la qualité et la sécurité des soins, il faudrait pouvoir financer un accompagnement sur plusieurs mois.» Elle considère cette mesure comme l’une des pistes les plus pertinentes dans le cadre de la deuxième étape de l’initiative. «Ce serait un coût important, mais aussi un investissement pour éviter que les jeunes ne quittent la profession après quelques années.»

Une patientèle plus âgée et des soins plus lourds

Autre évolution majeure: le vieillissement de la population hospitalisée. «Nous avons de plus en plus de patient·es âgé·es avec des troubles cognitifs ou des maladies chroniques.» Ces situations nécessitent davantage de temps, de compétences relationnelles et de présence humaine. Ce sont parfois des patient·es qui ne peuvent plus rentrer chez eux et qui restent plusieurs semaines à l’hôpital en attendant une place en EMS.

Le GHOL a commencé à former davantage les équipes à la psychogériatrie et aux troubles cognitifs, mais Sabine Deregnaucourt estime qu’il faudra aller plus loin. «À terme, il faudra probablement renforcer encore les effectifs ou développer davantage certaines expertises.»

«Il faut partir du terrain»

Pour l’infirmière cheffe, les futures mesures fédérales devront avant tout s’appuyer sur les réalités vécues dans les services. «Les solutions ne peuvent pas être uniquement théoriques. Il faut partir du terrain, entendre les équipes et voir ce qui fonctionne concrètement dans les institutions.»

Elle reste néanmoins optimiste quant à l’avenir de la profession: «Je crois beaucoup à l’écoute, à la reconnaissance et au management de proximité. Quand les équipes sentent qu’on prend soin d’elles, elles ont envie de rester.»

Photo de titre: GHOL

   

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