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5. avril 2022

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Expérience partagée

Objectif de qualité: améliorer la gestion du sang du patient

En matière de gestion du sang du patient, Alliance Rouge constate un potentiel d’amélioration dans les hôpitaux suisses. Directeur médical de l’Hôpital du Jura, Yannick Mercier partage son expérience.
Competence Marie-Claire Chamot

auteur

Marie-Claire Chamot

Rédactrice de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

marie-claire.chamot@hplus.ch

Alliance Rouge est une communauté d’intérêts ouverte à toutes les organisations intéressées. Lancée en 2021, elle s’engage en faveur du «Patient Blood Management» (PBM) en tant que critère de qualité dans le système de santé suisse. Elle a conduit l’an dernier une enquête nationale, à laquelle 40 anesthésistes en chef ont pris part. Les résultats ont déjà été publiés en février sur ce site internet. Le consensus est clair: le PBM permet de réduire les coûts, de diminuer les complications et de raccourcir la durée d’hospitalisation. Mais seul un petit quart des hôpitaux et des cliniques sondés l’ont introduit à grande échelle. Les obstacles invoqués sont le manque de ressources et de temps, le manque de compétences et le manque de soutien de la part du corps médical.


Nous avons demandé au Dr Yannick Mercier, directeur médical de l’Hôpital du Jura, de partager son expérience.

Dr Yannick Mercier, directeur médical de l’Hôpital du Jura

L’OMS appelle le monde entier à accélérer la mise en œuvre du PBM. De quoi s’agit-il ?

Le travail de sensibilisation à la gestion du sang du patient a commencé depuis plusieurs années dans le domaine de la chirurgie, avec pour objectif d’éviter les pertes sanguines élevées. Il s’agit bien sûr d’épargner les ressources, mais aussi d’éviter aux patients les conséquences d’une anémie, même provisoire, autant que les effets secondaires non négligeables qui peuvent surgir suite au remplacement du sang par des produits labiles. On pense ici aux problèmes cardiovasculaires, aux difficultés de récupération et aux risques d’infection. Bien sûr, les transfusions sanguines sont parfois indispensables, mais l’expérience a montré que c’est encore mieux de tenter de les prévenir!

Faut-il introduire nouvelles pratiques ?

Il s’agit d’augmenter la vigilance autour de l’anémie et des pertes sanguines prévisibles, selon un protocole standardisé, mais pour parvenir à un traitement personnalisé de chaque patient·e. Il convient de rencontrer la personne assez tôt pour un bilan, pour déterminer par exemple si elle est anémique ou si elle prend des anticoagulants. Il est ensuite possible de prendre des mesures personnalisées, comme une adaptation du régime alimentaire pour essayer de réduire l’anémie avant l’opération. Il faut donc s’y prendre parfois assez longtemps à l’avance, pour pouvoir déterminer ce qui est le mieux pour le patient ou la patiente et abaisser le seuil de transfusion dans la mesure du possible.

Qu’est-ce que le seuil de transfusion ?

Ce seuil, c’est le moment où le rapport entre le bénéfice et le risque bascule en faveur de la transfusion. Ce curseur doit être placé de façon individualisée en fonction de la situation particulière de chaque personne. Certaines supporteront en effet mieux une légère anémie qu’une transfusion, à condition d’être bien suivies pendant la récupération, et de recevoir des suppléments en fer ou en vitamines pour compenser d’éventuelles carences.

L’enquête menée en Suisse par Alliance Rouge a montré l’utilité du concept mais aussi un fossé entre la théorie et la pratique. Pour quelle raison ?

Beaucoup a déjà été fait: les chirurgiens, les anesthésistes, les oncologues, tous les professionnel·le·s de santé concernés sont bien informés et font de gros efforts chacun de leur côté. Mais intégrer un véritable programme de PBM demande de revoir l’organisation totale du processus préopératoire, de repenser la stratégie globale et peut-être de reporter certaines opérations. Sur le fond, tout le monde est d’accord, mais c’est difficile de remettre en question une organisation bien huilée !

Faudrait-il plus de soutien dans cette phase ?

Alliance Rouge peut fournir une aide utile à l’implémentation. Elle met à disposition des outils et des aides, comme des protocoles éprouvés et des possibilités d’e-learning. La Conférence des directeurs médicaux et directeurs des soins de Suisse latine avait envisagé de créer un programme commun pour toute la Suisse romande. Mais cela demandait de coordonner beaucoup d’autres aspects, comme les systèmes informatiques, et il s’est avéré plus efficace que chaque établissement amorce les changements de son côté, quitte à envisager une uniformisation plus tard. Et il faut le faire: vu les efforts menés maintenant au niveau national sur le plan de la qualité, on peut s’attendre à ce que le PBM devienne bientôt une exigence légale pour pratiquer certaines opérations chirurgicales.

Photo de titre: Pixabay / Antonio Corigliano

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