Competence Readtime4 min
15. août 2023

Background

Démences

Le CHUV mise sur des poupées thérapeutiques

L’établissement vaudois utilise désormais des figurines pour améliorer le quotidien des personnes âgées hospitalisées et atteintes de la maladie d’Alzheimer. Une manière de prévenir certaines maltraitances.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

Depuis le début de l’année, le CHUV teste l’utilisation de poupées thérapeutiques pour traiter les problèmes de démence chez les personnes âgées hospitalisées. Cette étude se déroule sous la supervision de la professeure Patrizia D’Amelio, qui, avant de l’importer en Suisse, a étudié et utilisé cet outil plusieurs années en Italie. «Chez les personnes souffrant d’Alzheimer par exemple, c’est un moyen très intéressant pour gérer l’agitation et l’agressivité sans avoir recours à des médicaments, explique la spécialiste. J’avais envie de trouver une alternative facile à administrer et à mettre en place pour les personnes âgées souffrant de troubles neurocognitifs. Dans ma pratique, j’ai constaté que l’état des patient·e·s s’améliorait et que la dose de psychotropes pouvait être réduite de moitié.»

La·e patient·e reçoit la poupée chaque jour durant deux heures de temps. Le personnel soignant observe les interactions qu’elle·il crée avec l’outil. Si un rejet a lieu, la poupée n’est en aucun cas imposée.

Mais dans la majorité des cas, l’implémentation se déroule bien et porte vite des effets bénéfiques sur la santé. Les poupées ont été pensées avec soin: elles ne ressemblent pas à de vrais nourrissons, car le but n’est en aucun cas de tromper la·e patient·e. La figurine a les bras ouverts pour qu’elle soit facilement enlacée. De plus, elle ne regarde pas dans les yeux et a la bouche fermée, afin que l’on n’ait pas l’impression de dialoguer avec un véritable être humain.

Le système de santé: un énorme levier

«Les poupées thérapeutiques peuvent prévenir certaines formes de maltraitance, applaudit Delphine Roulet Schwab, professeure à la Haute Ecole de la Santé La Source à Lausanne. Mais il y a tout de même un risque d’infantilisation et de remplacement du contact humain. Il faut être attentif à ces risques de rive. Le cadre dans lequel les poupées sont utilisées est important, il ne s’agit pas de chercher à économiser du personnel en se disant «c’est bon, cette personne a sa poupée, on est tranquilles». Une remarque que Patrizia D’Amelio vient contrebalancer: «Ce n’est clairement pas le but recherché. Mais l’un des effets de cet outil est d’alléger la charge de travail des soignant·e·s: les patient·e·s sont beaucoup plus tranquilles et apaisés par ce biais.»

La figurine a les bras ouverts pour qu’elle soit facilement enlacée. De plus, elle ne regarde pas dans les yeux et a la bouche fermée, afin que l’on n’ait pas l’impression de dialoguer avec un véritable être humain (CHUV).

Une pratique facile à mettre en place

En tant que présidente du Centre national de compétence Vieillesse sans violence et d’alter ego, Delphine Roulet Schwab observe de près ces types de thérapies non-médicamenteuses «faciles à mettre en place, qui coûtent peu cher, sont bien acceptées par les équipes soignantes et les personnes âgées».

Ce n’est pas la solution miracle, mais c’est une piste très intéressante pour éviter d’utiliser des moyens plus incisifs et qui réduisent la liberté des patient·e·s.

Delphine Roulet Schwab, professeure à la Haute Ecole de la Santé La Source à Lausanne

Une piste à privilégier dans les hôpitaux, lieux dans lesquels les questions de violence sont encore taboues, observe Delphine Roulet Schwab. «Dans les faits, beaucoup de situations sont problématiques. C’est un lieu de soins avant d’être un lieu de vie, certaines pratiques y sont admises, comme des mesures de contention ou l’administration de certains médicaments, alors qu’elles seraient considérées comme maltraitantes à l’extérieur.»

Plaidoyer pour une formation gériatrique

Et de rappeler ce chiffre saisissant: hors pédiatrie et maternité, les patient·e·s de 65 ans et plus représentent 70% des personnes hospitalisées. «On parle très peu d’elle, alors que cette population représente la très grande majorité des hospitalisations. Or, l’hôpital n’est absolument pas prévu pour des personnes âgées qui ont des besoins particuliers.» Pour la professeure, former davantage le personnel des établissements de soins aux différentes pathologies en lien avec le vieillissement est capital. Le projet «Hôpital Ami des Aînés», mis en place par le CHUV, va dans ce sens.

Numéro d’urgence

Les travaux de l’OMS démontrent qu’une personne âgée sur cinq, voire sur quatre, est victime de maltraitance ou de violence. Comme le rappelle Delphine Roulet Schwab, «ce phénomène est fréquent mais reste tabou. Pourtant, ­il ne faut jamais hésiter à en parler, il n’est jamais trop tard pour demander de l’aide.» Un numéro gratuit est à disposition de celles et ceux qui souhaitent recevoir de l’écoute, de manière confidentielle, voire anonyme: 0848 00 13 13. Les expert·e·s se chargent ensuite de mettre les personnes concernées en contact avec des organismes spécialisés dans leur région, partout en Suisse.»

Photo de titre: La professeure Patrizia DʼAmelio a introduit avec succès l’utilisation des poupées thérapeutiques à Lausanne. En phase d’implémentation, une étude clinique analysera les effets de cet outil sur les personnes âgées souffrant notamment de la maladie d’Alzheimer (Photo: CHUV).

   

Suivez les actualités avec notre Newsletter.