
Le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) enregistre entre 1000 et 1200 décès chaque année. Le Bureau des décès, rattaché au service Accueil et Admissions, est présent pour soutenir les proches dans les premières démarches administratives. Mais le travail d’Elodie Paschoud et Natacha Zaugg, qui gèrent ce lieu depuis quatre ans désormais, est loin de se résumer à cela. Ensemble, les deux jeunes femmes ont fait évoluer le Bureau des décès pour en faire un espace de rencontre, d’écoute sans jugement.
«Pour nous, il était nécessaire de pouvoir accompagner les familles endeuillées, note Natacha Zaugg. Les personnes qui traversent cette épreuve sont souvent dans un état émotionnel très douloureux: leur transmettre simplement les affaires de la personne défunte ainsi que la liste des pompes funèbres ne suffit pas. Il est essentiel de recueillir leur parole, d’amener un aspect humain primordial dans ces moments si difficiles.» Fondé il y a vingt ans, le Bureau a pour mission de faire le lien entre les équipes soignantes et le personnel de la chapelle mortuaire où sont acheminées les personnes décédées. Quatre jour après une disparition, les affaires personnelles de la·du défunt·e sont transférées des soins au Bureau des décès. Ce dernier prend ensuite contact avec la famille pour les restituer lors d’un rendez-vous, dix jours après l’annonce.
«De par nos parcours respectifs et notre expérience, nous avons appris à apprivoiser la perte, relève Elodie Paschoud. Ce passage fait partie intégrante de la vie, nous ne le percevons plus du tout comme un tabou, au contraire de la société. Et nous sommes toutes les deux bien outillées pour laisser ce qui ne nous appartient pas à l’hôpital, nous acceptons nos émotions et en parlons beaucoup entre nous pour éviter d’être trop lourdement impactées et pour rentrer ainsi à la maison le plus sereinement possible.»
Toutes les deux soulignent également la chance qu’elles ont de pouvoir travailler ensemble, se relayant lorsque des situations se révèlent trop compliquées à gérer pour une raison ou une autre. «De plus, nos collègues de la chapelle mortuaire sont très à l’écoute également, leur porte est toujours ouverte pour échanger, ajoute Natacha Zaugg. C’est formidable d’avoir cet espace d’écoute.»
Seule ombre au tableau: le Bureau des décès reste encore trop peu connu au sein de l’institution. «Nous devons encore travailler sur cet aspect, c’est vrai, explique Natacha Zaugg. Car il ne se passe pas une semaine sans que l’on ne rencontre un·e collègue qui ignorait encore l’existence de notre service. Mais petit à petit, les choses évoluent, de plus en plus sont au courant de notre rôle de lien entre le moment où la personne décède et son acheminement à la chapelle mortuaire.»
«Chez nous, les masques tombent, chacun·e se sent libre de s’exprimer en toute authenticité. Il n’y a pas de barrières. Nous sommes là pour répondre à toutes les questions, pour aiguiller les personnes vers les services adéquats. C’est très souvent un soulagement pour les familles d’avoir un tel lieu. Toutes celles que l’on rencontre relèvent l’importance de pouvoir être accompagnées dans cet entre-deux, souvent très flou.» Les deux amies soulignent la sérénité qui clôt souvent chaque entretien. «C’est une véritable chance de pouvoir exercer ce métier, commente Elodie Paschoud. Chaque rencontre est unique.»
L’amitié entretenue par les deux jeunes femmes est également une force pour leur travail quotidien. Elles se sont rencontrées au CHUV en 2008, alors qu’elles travaillaient toutes les deux aux admissions des urgences. «C’est un énorme soutien, abonde Natacha Zaugg. L’une comme l’autre, on sait que l’on peut tout partager, on extériorise beaucoup, on verbalise tout. C’est capital dans un métier comme le nôtre, où l’on vit des expériences si intenses.» Pour Elodie Paschoud, ce lien et les valeurs communes partagées leur permettent aussi «d’aller chaque jour de l’avant.» Et d’offrir cette parenthèse si bienvenue à toutes celles et ceux qui en ont tant besoin.
Photo de titre: Depuis quatre ans, Elodie Paschoud (à gauche) et Natacha Zaugg travaillent ensemble au Bureau des décès (Photo: Alain Ganguillet/CHUV).