prévention infections HFR Fribourg
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7. avril 2026

Hygiène

Hôpital fribourgeois

La prévention des infections en action à l’Hôpital fribourgeois

À l’Hôpital fribourgeois, la prévention des infections nosocomiales repose sur une approche mêlant évaluation des risques, surveillance nationale et collaboration avec les équipes. L’Unité de prévention et de contrôle de l’infection (UPCI) joue ainsi un rôle clé dans la sécurité des patient·e·s.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

Lorsque l’on rencontre Martine Saramon Sudan, infirmière responsable de l’Unité de prévention et de contrôle de l’infection (UPCI), quelques clichés peuvent vite surgir. Va t elle automatiquement se désinfecter après une poignée de main? Observer d’un œil suspicieux la table autour de laquelle on s’installe ou le smartphone que l’on dépose devant elle? Mais très vite, l’image s’efface: accueillante, elle sourit en nous serrant la main, avant de nous inviter à poursuivre l’échange autour d’une grenadine à la cafétéria de l’hôpital de Riaz. La question nous brûle les lèvres: travailler au quotidien avec le risque infectieux ne rend il pas excessivement prudente, voire parano? «Non, je ne crois pas, répond elle en riant. Les infections posent problèmes à l’hôpital, car on y accueille des personnes à risque. Dans mon quotidien, je n’y pense pas. Je suis même plutôt critique lorsque je vois des publicités pour des détergents qui nous affirment qu’il faut tout désinfecter chez soi. Il n’y a rien de plus faux!»

«Nous collaborons avec toutes les équipes: médicales, soignantes, techniques et administratives, explique Martine Saramon Sudan. C’est cette transversalité qui rend le métier passionnant.» (DR)

L’équipe de Martine Saramon Sudan se compose de cinq infirmier·ère·s expert·e·s en prévention des infections associées aux soins (EPIAS) et de deux médecins infectiologues. Avec 3,8 équivalents plein temps dédiés à cette mission, l’unité intervient de manière transversale dans l’ensemble des services hospitaliers, sur tous les sites de l’HFR.

Un cadre national qui structure la prévention

L’HFR participe aux programmes nationaux de surveillance des infections post opératoires. Les interventions suivies comprennent notamment la chirurgie du côlon, les prothèses de genou, les appendicectomies pédiatriques et les césariennes. «Nous analysons les dossiers, nous identifions les cas suspects et nous appelons les patient·e·s pour un suivi pouvant aller jusqu’à trois mois après l’intervention», explique Martine Saramon Sudan.

Les cas sont discutés avec les médecins référent·e·s avant d’être transmis à la plateforme nationale. L’objectif est double: disposer de données comparables et identifier des axes d’amélioration.

Un exemple concret concerne la chirurgie du côlon. Après avoir constaté un taux d’infection supérieur à la moyenne nationale, l’équipe de l’UPCI a examiné le processus d’administration de la prophylaxie antibiotique. La responsabilité de l’administration a ainsi pu être ajustée afin de garantir un délai maximal de 60 minutes avant l’incision. «Cela a nécessité des échanges avec les équipes chirurgicales et anesthésiques, mais aujourd’hui nos résultats sont meilleurs que la moyenne suisse», se réjouit la responsable. Une expérience qui illustre la logique de la prévention moderne: mesurer, analyser, ajuster et re mesurer.

Vigilance quotidienne

Les bactéries multirésistantes représentent aujourd’hui l’un des principaux défis hors périodes épidémiques. «Nous observons une augmentation du dépistage et parfois la présence de plusieurs bactéries chez un·e même patient·e», observe t elle. À l’admission, un filtre est appliqué systématiquement: toute personne ayant séjourné au moins 24 heures dans les douze derniers mois au sein d’un hôpital à l’étranger est dépistée. En attendant les résultats, des mesures d’isolement sont mises en place.

L’hygiène des mains demeure un pilier essentiel dans cette lutte silencieuse contre les infections.

«Nous faisons beaucoup de formation continue à ce propos. Les rappels sont nécessaires, car ces gestes doivent devenir et rester automatiques.» Le travail de l’unité repose ainsi sur l’analyse du risque, la formation des équipes et une collaboration étroite avec l’ensemble des professions hospitalières.

Un métier qui a évolué avec la profession

Le parcours de Martine Saramon Sudan reflète l’évolution de la prévention des infections. Formée comme infirmière et passée par le bloc opératoire, elle s’est ensuite spécialisée avant de prendre la responsabilité de l’unité fribourgeoise. «Quand j’ai commencé il y a 25 ans, le rôle était davantage axé sur le contrôle et l’hygiène au sens traditionnel. Aujourd’hui, nous travaillons avec des données, des indicateurs et une véritable analyse scientifique du risque.» Et d’insister sur la dimension collective du travail: «Nous collaborons avec toutes les équipes: médicales, soignantes, techniques et administratives. C’est cette transversalité qui rend le métier passionnant.»

La prévention comme pilier de la sécurité

Pour l’experte, qui partira à la retraite d’ici quelques semaines, la prévention des infections ne doit pas être perçue comme une contrainte, mais comme un investissement stratégique dans la qualité des soins.

«Notre rôle est essentiel: anticiper le risque pour protéger les patient·e·s», résume t elle. Dans un contexte marqué par l’évolution des résistances bactériennes et l’apparition de nouveaux agents pathogènes, le défi reste constant: maintenir une vigilance permanente, renforcer la formation et intégrer la prévention dans la culture institutionnelle.

Photo de titre: via Canva.com

   

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