Gendermedizin, canva
Competence Readtime4 min
15. août 2024

Background

Fonds national suisse

Un programme national pour plus d’égalité dans les soins

Le programme national de recherche «Médecine, santé et genre» (PNR83) a été lancé en 2023. Le point sur les objectifs de ce dernier, ainsi que sur le rôle que les hôpitaux ont à jouer pour mieux considérer la prise en charge médicale de chacun·e. Interview de Carole Clair, professeure associée à la Faculté de biologie et de médecine de l'UNIL et co-responsable de l'Unité santé et genre à Unisanté.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

Pouvez-vous nous parler de l’avancée du programme national de recherche «Médecine, santé et genre» (PNR83)?

Le projet a débuté il y a plus d’un an. Le comité scientifique que je préside a désormais évalué les 140 propositions reçues. Dans un deuxième temps, nous réaliserons une nouvelle évaluation de la trentaine de projets sélectionnés afin d’identifier les projets qui seront finalement soutenus. Puis nous allons activement suivre ces équipes de chercheurs·euses et veiller à ce qu’elles échangent et communiquent entre elles, s’enrichissent les unes des autres durant les trois à quatre ans que dureront les projets. L’objectif est de pouvoir diffuser et implémenter ces résultats pour faire évoluer les pratiques et les politiques.

Nous avons une enveloppe budgétaire de onze millions de francs, le nombre de projets retenus va dépendre de cette dernière, mais il se situera certainement entre 15 et 20.

Pourquoi, en 2024, la médecine est-elle toujours en retard par rapport à l’égalité hommes-femmes?

Cette thématique a été mise tardivement à l’agenda de la santé. L’égalité hommes-femmes, on s’y attelle depuis longtemps par rapport aux questions sociétales. Il a fallu attendre que des personnes s’y intéressent et démontrent que des inégalités existent, qu’il y a des différences de mortalité, de facteurs de risque, pour qu’on en fasse une thématique médicale. Il y a peut-être eu une sorte de méfiance au départ, car les sciences sociales se sont emparées de ces questions. Et, malheureusement, on a parfois tendance à les opposer au biologique, au médical. À mon sens, c’est une erreur: c’est une thématique médico-bio-psycho-sociale.

Avec le PNR83, nous souhaitons justement mettre en avant des projets qui tiennent compte de toutes ces dimensions, qui traitent de l’humain dans sa globalité.

Cela fait près de vingt ans que l’on s’intéresse à cette question à Lausanne. En Suisse, on en parle un peu plus depuis quelque temps, cette thématique des inégalités est davantage mise en avant, d’un point de vue politique comme médiatique. Cette prise de conscience de la société dans son ensemble a permis de déboucher sur un programme de recherche comme le nôtre.

Professeure associée à la Faculté de biologie et de médecine de l’UNIL et co-responsable de l’Unité santé et genre à Unisanté, Carole Clair préside le PNR 83 (crédit photo: DR).

Quel regard portez-vous sur le futur? Les inégalités seront-elles abolies dans la médecine?

Je suis de nature optimiste, je suis convaincue que ce PNR contribuera fortement à faire avancer la science. Mais il faut rester attentif aux éventuels backlashs ou retours de manivelle qui pourraient survenir. On le voit aussi au niveau politique dans nos pays voisins: nous ne sommes jamais à l’abri de mouvements contraires. Dans ce contexte, amener des preuves, des données scientifiques est d’autant plus important. Ce n’est pas une mode que de s’intéresser à ces questions: cette thématique a un impact direct sur la qualité de la prise en charge des patient·e·s.

Les hôpitaux ont-il un rôle à jouer pour faire évoluer la situation?

Oui, tout à fait. Les institutions ont une responsabilité dans la formation de leurs employé·e·s. Pas uniquement les médecins, mais aussi les personnes à l’accueil, les infirmières·ers, tous les corps de métier qui ont trait à la santé. Les hôpitaux et cliniques doivent rendre les soignant·e·s attentifs·ves aux stéréotypes de genre notamment, toute une culture doit être mise en place.

De plus, les établissements doivent également veiller à l’égalité entre les soignant·e·s, qui indirectement joue un rôle, car en ayant davantage de diversité dans les équipes, on peut faire changer les choses et évoluer les prises en charge.

Quel est le but ultime de ce PNR83?

L’objectif principal est d’améliorer les soins pour les patient·e·s en diminuant l’écart entre les genres que l’on peut observer entre les femmes et les hommes par rapport aux maladies. Cet écart est souvent en défaveur des femmes, mais il peut aussi l’être pour les hommes, notamment pour ce qui a trait à la santé mentale. Nous aimerions également pouvoir sortir de cet aspect très binaire et inclure davantage de diversité. De plus, nous souhaitons créer une communauté pratique, mettre en réseau des chercheurs·euses issu·e·s de diverses disciplines qui s’intéressent à cette question du genre en santé. L’idée est que chacun·e puisse profiter des connaissances des autres pour faire de la Suisse un pays pionnier par rapport aux questions d’égalité.

Photo de titre: via Canva.com

   

Suivez les actualités avec notre Newsletter.