
Le projet a débuté il y a plus d’un an. Le comité scientifique que je préside a désormais évalué les 140 propositions reçues. Dans un deuxième temps, nous réaliserons une nouvelle évaluation de la trentaine de projets sélectionnés afin d’identifier les projets qui seront finalement soutenus. Puis nous allons activement suivre ces équipes de chercheurs·euses et veiller à ce qu’elles échangent et communiquent entre elles, s’enrichissent les unes des autres durant les trois à quatre ans que dureront les projets. L’objectif est de pouvoir diffuser et implémenter ces résultats pour faire évoluer les pratiques et les politiques.
Cette thématique a été mise tardivement à l’agenda de la santé. L’égalité hommes-femmes, on s’y attelle depuis longtemps par rapport aux questions sociétales. Il a fallu attendre que des personnes s’y intéressent et démontrent que des inégalités existent, qu’il y a des différences de mortalité, de facteurs de risque, pour qu’on en fasse une thématique médicale. Il y a peut-être eu une sorte de méfiance au départ, car les sciences sociales se sont emparées de ces questions. Et, malheureusement, on a parfois tendance à les opposer au biologique, au médical. À mon sens, c’est une erreur: c’est une thématique médico-bio-psycho-sociale.
Cela fait près de vingt ans que l’on s’intéresse à cette question à Lausanne. En Suisse, on en parle un peu plus depuis quelque temps, cette thématique des inégalités est davantage mise en avant, d’un point de vue politique comme médiatique. Cette prise de conscience de la société dans son ensemble a permis de déboucher sur un programme de recherche comme le nôtre.

Je suis de nature optimiste, je suis convaincue que ce PNR contribuera fortement à faire avancer la science. Mais il faut rester attentif aux éventuels backlashs ou retours de manivelle qui pourraient survenir. On le voit aussi au niveau politique dans nos pays voisins: nous ne sommes jamais à l’abri de mouvements contraires. Dans ce contexte, amener des preuves, des données scientifiques est d’autant plus important. Ce n’est pas une mode que de s’intéresser à ces questions: cette thématique a un impact direct sur la qualité de la prise en charge des patient·e·s.
Oui, tout à fait. Les institutions ont une responsabilité dans la formation de leurs employé·e·s. Pas uniquement les médecins, mais aussi les personnes à l’accueil, les infirmières·ers, tous les corps de métier qui ont trait à la santé. Les hôpitaux et cliniques doivent rendre les soignant·e·s attentifs·ves aux stéréotypes de genre notamment, toute une culture doit être mise en place.
L’objectif principal est d’améliorer les soins pour les patient·e·s en diminuant l’écart entre les genres que l’on peut observer entre les femmes et les hommes par rapport aux maladies. Cet écart est souvent en défaveur des femmes, mais il peut aussi l’être pour les hommes, notamment pour ce qui a trait à la santé mentale. Nous aimerions également pouvoir sortir de cet aspect très binaire et inclure davantage de diversité. De plus, nous souhaitons créer une communauté pratique, mettre en réseau des chercheurs·euses issu·e·s de diverses disciplines qui s’intéressent à cette question du genre en santé. L’idée est que chacun·e puisse profiter des connaissances des autres pour faire de la Suisse un pays pionnier par rapport aux questions d’égalité.
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