
Le retour à domicile est une étape aussi cruciale que l’hospitalisation elle-même. Entre les traitements à poursuivre, les rendez-vous médicaux à organiser et les différent·e·s professionnel·le·s à coordonner, le retour à domicile constitue une étape particulièrement fragile. Lorsqu’un maillon fait défaut, les conséquences peuvent être lourdes, jusqu’à une nouvelle hospitalisation. Avec le Réseau Bleu, les cinq hôpitaux partenaires veulent précisément renforcer cet accompagnement.
Développé en partenariat avec l’assureur CSS, ce modèle de soins intégrés est déployé dans le Jura depuis le début de l’année 2026. Environ 11 000 assuré·e·s CSS du canton peuvent déjà bénéficier de ces nouvelles prestations. «Nous avons analysé où se concentraient réellement les coûts et nous nous sommes rendu compte qu’un nombre relativement faible de patient·e·s générait une part très importante des dépenses», explique Gautier Vallat, CEO de l’institution.
Pour le directeur général de l’Hôpital du Jura, la réflexion ne porte pas uniquement sur les coûts. «Une réhospitalisation n’est jamais une bonne nouvelle pour le ou la patient·e. Si nous pouvons l’éviter, nous améliorons avant tout la qualité de la prise en charge. Les économies ne sont finalement qu’une conséquence.»

Les analyses menées avec CSS ont montré que les difficultés apparaissent souvent au moment du retour à domicile. Le ou la médecin de famille reçoit bien une lettre de sortie, mais celle-ci est souvent longue, complexe et arrive dans un contexte où les cabinets sont déjà fortement sollicités. Entre les différents rendez-vous médicaux, les traitements, les médicaments et les éventuels soins à domicile, la coordination peut rapidement devenir un véritable casse-tête. «L’enjeu n’est pas tant ce qui se passe pendant l’hospitalisation que tout ce qui se passe après», résume Gautier Vallat. «C’est dans ces interfaces que nous avons identifié un énorme potentiel d’amélioration.»
Pour répondre à ce constat, l’Hôpital du Jura a créé une nouvelle fonction: des infirmières coordinatrices accompagnent les patient·e·s durant les dix-huit premiers jours suivant leur sortie. Leur rôle ne consiste pas à remplacer les soins à domicile, mais à assurer le lien entre tous les professionnel·le·s impliqué·e·s.
Dans les trois jours suivant le retour à domicile, elles rendent ainsi visite aux patient·e·s afin d’évaluer la situation concrète: les traitements sont-ils bien compris? Les médicaments disponibles correspondent-ils aux prescriptions? Les rendez-vous chez les spécialistes sont-ils organisés? Le ou la médecin traitant·e disposet-il de toutes les informations nécessaires?
Les premiers résultats apparaissent déjà encourageants. Une cinquantaine de patient·e·s bénéficient actuellement de cet accompagnement renforcé. «Nous constatons déjà que certaines hospitalisations ont pu être évitées. Les retours sont extrêmement prometteurs», se réjouit le directeur général.

Le Réseau Bleu ne se limite toutefois pas au suivi des sorties d’hospitalisation. Il rassemble également cinq hôpitaux régionaux romands: l’Hôpital du Jura, l’Ensemble Hospitalier de la Côte, le Réseau hospitalier neuchâtelois, les Etablissements hospitaliers du Nord vaudois et le Centre hospitalier Bienne. Tous partagent la même ambition: unir leurs forces face aux défis croissants que représentent la pénurie de personnel, la pression financière et la complexification du système de santé. Au-delà des prestations destinées aux patient·es, les établissements travaillent à mutualiser certaines fonctions et à partager leurs expériences. «Nous avons tous les mêmes problèmes à résoudre. Plutôt que d’inventer cinq solutions différentes, autant échanger les bonnes pratiques et répartir les efforts», insiste Gautier Vallat.
Plus encore que les projets institutionnels, le directeur général de l’Hôpital du Jura se réjouit de voir naître une nouvelle dynamique sur le terrain. Les équipes médico-soignantes comme administratives ont commencé à prendre spontanément contact avec leurs homologues des autres établissements. «Le simple fait d’affirmer que nous voulions collaborer plutôt que nous faire concurrence a libéré les initiatives. Les collègues se contactent spontanément, échangent leurs pratiques et construisent des projets ensemble.»
Pour Gautier Vallat, cette logique de réseau façonnera l’hôpital de demain. Le vieillissement de la population et la pénurie de personnel rendront impossible une réponse fondée uniquement sur davantage de lits ou de ressources. «Nous ne cherchons pas à concevoir un hôpital plus grand, mais un hôpital plus efficace.» En améliorant les transitions entre les différents acteurs de la santé et en développant les collaborations entre établissements, le Réseau Bleu entend préserver les capacités hospitalières pour les patient·e·s qui en auront réellement besoin.
Photo de titre: Hôpital du Jura, site de Delémont (DR).