Des collaborateurs·trices absent·e·s mais accompagné·e·s hopital du jura
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7. avril 2026

Focus

Des solutions pratiques pour lutter contre l'absentéisme

Hôpital du Jura: des collaborateurs·trices absent·e·s mais accompagné·e·s

Derrière chaque arrêt de travail se cache une histoire, un parcours, une fatigue. Sandrine Ehmann, directrice des ressources humaines, détaille comment l’Hôpital du Jura transforme cette problématique en opportunité de prévention et d’accompagnement.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

Pourquoi l’absentéisme est-il une priorité pour l’Hôpital du Jura?

Sandrine Ehmann: L’absentéisme a un impact direct sur le fonctionnement des services, la charge de travail et la qualité des soins. Mais au-delà des chiffres, il y a des personnes derrière chaque absence. Comprendre ces absences nous permet de mettre en place des mesures adaptées et durables. Dans les métiers du soin, la pénibilité, les horaires contraignants et le rythme intense peuvent générer une usure professionnelle progressive, particulièrement à partir d’un certain âge. Nous observons alors une fatigue accrue, qui peut conduire à des absences de longue durée si nous n’agissons pas.

«Le suivi est individualisé: certain∙e∙s employé·e·s souhaitent des contacts fréquents, d’autres à un rythme moins rapproché», explique Sandrine Ehmann, directrice des ressources humaines. (Hôpital du Jura)

Vous avez créé un groupe de travail spécifique pour les collaborateurs de 60 ans et plus. Pourquoi cette tranche d’âge?

L’objectif est de prévenir l’apparition d’absences longues et de mieux tenir compte de l’évolution des capacités et des besoins au fil de la carrière. Nous ne voulons pas stigmatiser, mais nos analyses RH ont démontré que la tranche 55-65 ans était la plus impactée par les absences. Le groupe 60+ vise à identifier les besoins spécifiques de ces collaborateur·trice·s et à proposer des mesures concrètes pour les maintenir en emploi dans de bonnes conditions.

Quels dispositifs avez-vous instaurés pour accompagner ces collaborateurs∙trices?

Nous avons mis en place plusieurs leviers. D’abord, le suivi personnalisé grâce à notre case manager et du cadre de proximité que nous avons embauchée et qui est intégrée à l’institution depuis mars 2025. Cette personne a suivi plus de 350 collaborateurs∙trices ayant connu un arrêt de travail, dont environ la moitié ont repris leur activité. Le suivi est individualisé: certain∙e∙s employé·e·s souhaitent des contacts fréquents, d’autres à un rythme moins rapproché. L’idée est de garder le lien afin d’éviter un certain isolement, de transmettre des informations, de préparer la reprise de manière progressive, et de soutenir la personne sans créer de pression.

Comment se déroule concrètement la réintégration?

Chaque retour est discuté avec la∙le collaborateur∙trice et le cadre de proximité. Selon les besoins, la reprise peut être thérapeutique, à temps partiel, progressive. Nous travaillons en collaboration avec notre assureur et des partenaires externes pour définir le plan le plus adapté. Cette approche a permis de réintégrer des personnes dans des conditions sécurisées, tout en respectant leur rythme et en maintenant la continuité du service.

Certaines institutions valorisent la présence pour lutter contre l’absentéisme. Qu’en pensez-vous?

Je ne suis pas favorable à cette approche. Nous payons un salaire pour une prestation, et chacun·e remplit sa mission. Valoriser la présence créerait des inégalités et pourrait inciter certain·e·s à se mettre en danger, au détriment des collègues et de la cohésion d’équipe. Pour moi, il est plus pertinent de concentrer nos efforts sur les absences répétées ou injustifiées, qui ont un impact réel sur le service et le lien de confiance avec l’employeur.

Il est à noter que notre institution privilégie une dotation adéquate afin de prévenir au mieux les risques d’épuisement.

Et côté organisationnel, quelles actions concrètes avez-vous menées?

Nous avons revu la répartition des tâches et les processus de travail. Par exemple, certaines missions hôtelières ont été confiées à des équipes dédiées afin de permettre aux soignant·e·s de se concentrer sur leurs missions principales. Nous avons donné l’opportunité à nos collaborateurs de nous proposer des adaptations de leurs horaires tout en garantissant une prise en charge optimale des patients/résidants. Enfin, nous encourageons la pratique d’activités de bien-être et de renforcement musculaire pour prévenir la fatigue et soutenir la santé de nos collaborateurs·trices.

Pouvez-vous nous en parler plus en détail?

Depuis quelques mois nous proposons des «midis actifs», des séances de renforcement musculaire et comité Progressons ensemble planche actuellement sur l’élargissement de ses prestations avec notamment de la réflexologie et des massages . Ce comité recense les professionnel·le·s de notre institution intéressé·e·s pour offrir ces prestations à l’ensemble de l’institution.

L’objectif est de permettre aux employé∙e∙s de prendre soin de leur santé, tout en contribuant à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

Quelle place occupent les enquêtes d’engagement et de satisfaction dans cette démarche?

Elles sont importantes et permettent de mettre en exergue la réalité perçue par nos collaborateurs. Fin 2025, nous avons identifié comme principales préoccupations la charge de travail et le manque de ressources. Chaque cadre de proximité dispose d’un «cockpit» avec les résultats anonymisés de son équipe et travaille avec ses collaborateurs·trices pour identifier des pistes d’amélioration: analyser les tâches inutiles, mieux répartir les activités et s’assurer que les tâches sont confiées aux bonnes personnes. C’est un travail collectif, concret et pragmatique.

Avez-vous observé des résultats concrets?

Oui. Depuis 2023, nous avons réduit d’1% l’absentéisme maladie et constaté une baisse des absences de longue durée. Pour 2026, notre ambition globale est de 6% (maladie et accidents cumulés). Nous avons atteint 6,23% en 2025, un chiffre encourageant.

Vous êtes au bénéfice d’une longue expérience RH dans le secteur privé. Le contexte public diffère-t-il du privé dans cette approche?

Absolument. Dans le privé, certaines entreprises peuvent mettre fin à un contrat dès que la protection légale est terminée. Ici, dans notre institution, nous accompagnons les collaborateurs∙trices depuis le début jusqu’à la fin de leur carrière, avec des solutions de réintégration adaptées.

Cela nous permet de travailler sur la prévention, le bien-être et la qualité des soins, avec une approche humaine et socialement responsable. Cet aspect me rend fière et me motive grandement.

Quelle est votre vision pour l’avenir?

Nous voulons continuer à agir sur trois axes: prévention, accompagnement et organisation. L’idée est de créer un environnement où le personnel se sent soutenu, écouté et capable de rester en poste dans de bonnes conditions. Réduire l’absentéisme, c’est améliorer la qualité de vie au travail, répartir la charge de manière équilibrée et garantir la continuité des soins. C’est un effort collectif, et si chacun·e joue son rôle, nous sommes toutes et tous gagnant∙e∙s.

Photo de titre: via Canva.com

   

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