hôpital saint-imier jura bernois alexandre omont réseau de l'arc
Competence Readtime7 min
6. octobre 2026

Formation continue: stratégie ou offre à la carte?

Réseau de l'Arc

«Une formation doit pouvoir transformer la pratique»

De sage-femme à directrice des soins, Marie Bove a fait de la formation continue un fil rouge de son parcours. Une expérience qui nourrit aujourd’hui sa manière d’accompagner les équipes: encourager l’apprentissage, certes, mais en veillant à ce que les compétences acquises profitent aussi aux services et, surtout, aux patient·e·s.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

Elle a franchi la porte de l’hôpital de Saint-Imier pour exercer en tant que sage-femme. La direction des soins? Elle n’y pensait pas. Le management? Pas davantage. «Je n’avais pas du tout de projet d’encadrement», se souvient Marie Bove. Pourtant, lorsqu’en 2018 la responsable de la maternité part à la retraite, une idée fait son chemin: «Je me suis dit: pourquoi pas?»

Huit ans plus tard, le chemin parcouru est considérable. Responsable de la maternité, puis du pôle femme-mère-enfant, auquel s’ajoute ensuite le bloc opératoire, Marie Bove devient directrice des soins en novembre 2025. Une progression systématiquement accompagnée par la formation continue. CAS, DAS, puis MAS: à mesure que ses responsabilités s’élargissent, elle ressent le besoin d’acquérir de nouveaux outils.

Marie Bove occupe désormais le poste de directrice des soins (DR)

«J’adore apprendre. Je pourrais passer toute ma vie à l’école», sourit-elle. Un goût qui dépasse largement la recherche d’un diplôme. Lorsqu’elle prend la responsabilité du bloc opératoire, elle découvre notamment des spécialités et des soins infirmiers qu’elle connaissait peu jusque-là. «J’avais été formatée gynécologie-obstétrique. Tout à coup, ma vision s’est ouverte.»

Du service à l’institution

C’est peut-être là l’un des principaux effets de la formation sur son parcours: lui permettre de changer d’échelle. «Ça a ouvert ma vision beaucoup plus largement, au niveau institutionnel et plus uniquement au niveau du service.» Les outils théoriques appris en formation trouvent ainsi progressivement leur place dans son quotidien de manager. «J’ai l’impression d’avoir construit, au fil des années, ma caisse à outils.» Mais Marie Bove insiste: aucune formation ne remplace l’expérience. «Il y a énormément de choses que j’ai apprises sur le terrain. Malgré toute la théorie, ce n’est pas suffisant. Le fait de discuter avec les gens nous apprend beaucoup.»

Ces échanges constituent d’ailleurs à ses yeux l’un des principaux bénéfices de son DAS et de son MAS. Au fil des cursus, elle rencontre des directeurs et directrices des soins d’autres institutions et peut confronter avec elles et eux des situations très concrètes. Une difficulté managériale, une réorganisation, un projet complexe: chacun·e partage ce qui a fonctionné, ou non, dans son établissement. Ces contacts perdurent aujourd’hui encore. Lorsqu’une situation inhabituelle se présente, le réseau constitué en formation reste une ressource précieuse.

Donner à son tour la possibilité d’apprendre

Son propre parcours influence désormais directement sa manière d’aborder les demandes de formation des équipes. Soutenue financièrement et en temps de travail par le Réseau de l’Arc pour ses propres cursus, Marie Bove entend favoriser à son tour le développement des collaborateur·trice·s qu’elle supervise.

Je ne ferme jamais les portes parce que je trouve qu’une formation est toujours enrichissante.

Marie Bove, directrice des soins

Cela ne signifie pas pour autant accepter automatiquement chaque demande. Les ressources sont limitées et des arbitrages restent nécessaires. Elle examine donc l’historique des formations dans les différents services afin de garantir une certaine équité, mais surtout l’apport attendu.

Trois dimensions entrent en jeu: les besoins du terrain, le projet du ou de la collaborateur·trice et la stratégie institutionnelle. Lorsqu’ils ne coïncident pas, la discussion permet parfois de reporter un projet ou de revoir ses objectifs. «La priorité, c’est que ça ait un impact, des avantages pour le service et pour les patient∙e∙s.»

Les responsables d’équipe jouent ici un rôle central. Marie Bove tient à leur laisser une importante autonomie dans l’évaluation des demandes, comme elle-même en a bénéficié lorsqu’elle était responsable d’unité. Une manière de responsabiliser l’encadrement de proximité et de maintenir les décisions au plus près du terrain.

Le paradoxe de la pénurie

Former davantage alors que les hôpitaux peinent déjà à compléter leurs équipes peut sembler contradictoire. Chaque journée de formation représente une absence à compenser, dans un contexte où la charge de travail est déjà élevée. Le dilemme revient régulièrement dans les discussions entre directions des soins. Pourtant, pour Marie Bove, renoncer à former serait une erreur. «C’est plus difficile dans une période de pénurie, mais c’est nécessaire.»

L’expérience de la fusion des unités de médecine et de chirurgie l’a particulièrement démontré. La réorganisation a mis les équipes sous tension et fait ressortir certaines fragilités.

Mais elle a également permis d’identifier précisément les compétences à renforcer: davantage de professionnel·le·s spécialisé·e·s dans certains domaines, comme les plaies et la cicatrisation, mais aussi davantage de personnes capables d’encadrer les étudiant·e·s.

Car la formation s’inscrit dans un cercle beaucoup plus large. Sans professionnel·le·s suffisamment formé·e·s pour accompagner la relève, difficile de garantir la qualité de sa formation, et donc de recruter demain des soignant·e·s bien préparé·e·s. «C’est vraiment un puzzle géant», résume la directrice des soins.

Des compétences qui essaiment

Reste une question essentielle: que devient une compétence une fois la formation terminée? Pour Marie Bove, elle doit pouvoir irriguer l’organisation. Une personne formée peut devenir une ressource pour ses collègues, participer à un projet de soins ou contribuer à développer une nouvelle prestation.

À la maternité, par exemple, les attentes des patientes évoluent rapidement. Informées notamment par les réseaux sociaux, elles s’intéressent au massage, au portage, à l’acupuncture ou encore à l’hypnose et comparent les prestations proposées d’un établissement à l’autre. Former les équipes permet donc aussi de faire évoluer l’offre en fonction des besoins exprimés.

Même logique pour des pratiques très techniques: de nouvelles connaissances en matière de pansements ou de cicatrisation peuvent conduire à modifier directement les prises en charge. Le bénéfice devient alors tangible, tant pour les professionnel·le·s que pour les patient·e·s.

À travers une formation, on peut transformer la pratique, transformer peut-être de façon plus large le service, l’organisation, la façon de penser. Ce sont des dominos.

Marie Bove, directrice des soins

Former pour fidéliser

Cette possibilité d’évoluer constitue enfin un puissant levier de fidélisation. Marie Bove en est elle-même l’illustration. Au sein de Swiss Medical Network, la promotion interne fait partie de la culture du groupe. Son parcours a été rendu possible à la fois par sa volonté d’avancer et par une organisation prête à lui en donner les moyens.

Aurait-elle pu rester aussi longtemps dans une institution qui aurait freiné ses envies de formation? «Cela aurait été compliqué», reconnaît-elle. Depuis son arrivée en 2016, rares sont les années où elle n’a pas suivi un cursus ou développé de nouvelles compétences.

Aujourd’hui, la boucle est en quelque sorte bouclée. À son tour de créer les conditions permettant aux autres de progresser. «Je voudrais valoriser les équipes comme j’ai eu la chance d’être valorisée dès le départ. Je voudrais que tout le monde ait cette chance-là.» Une philosophie qui rappelle que la formation continue ne se résume ni à un diplôme ni à quelques jours passés loin du service. Lorsqu’elle répond aux aspirations des professionnel·le·s, aux besoins de l’institution et aux attentes des patient·e·s, elle peut devenir un véritable moteur de transformation. Avec, toujours, la même boussole pour Marie Bove: «À chaque fois, les bénéfices des patient∙e∙s et des équipes sont au centre de la démarche.»

Photo de titre: Hôpital de St-Imier (Réseau de l’Arc)

   

Suivez les actualités avec notre Newsletter.