
Quand le thermomètre s’affole, toutes les solutions qui fonctionnent à la maison ne franchissent pas les portes d’un hôpital. Impossible, par exemple, d’apporter son climatiseur ou son ventilateur personnel dans la chambre d’un·e proche: contraintes électriques, hygiène et prévention des infections l’interdisent. Et lorsque certains bâtiments vieillissants voient la température des chambres grimper jusqu’à 34 °C, trouver des réponses devient un véritable casse-tête.
Les HUG n’ont pourtant pas découvert le problème cet été. Depuis une dizaine d’années, toutes les zones sensibles ont été partiellement et progressivement rafraîchies ou climatisées, tandis que plusieurs départements, notamment en gériatrie, disposaient déjà de plans spécifiques.

Face à l’intensité et à la durée des fortes chaleurs de 2026, les HUG ont donc renforcé leur gouvernance. Une cellule canicule travaillera désormais toute l’année sur la planification et l’organisation. Lorsque la situation l’exige, une task force prend le relais pour gérer les problèmes urgents. Cet été, elle a été activée de mi-juillet à fin août.
«Tous les besoins et les problématiques convergent dans un point central», explique Sophie Meisser, responsable de la Cellule canicule. L’objectif: disposer d’une vue d’ensemble et diriger les ressources là où elles sont les plus nécessaires. La task force réunit ainsi directions médicale et des soins, représentant·e·s des départements médicaux, direction de l’immobilier, ressources humaines, santé au travail, finances et achats. Son pilotage par la direction générale témoigne aussi de l’importance accordée au sujet.
Cette centralisation s’est accompagnée d’un important travail d’information. Un espace intranet rassemble désormais conseils de prévention, mesures destinées aux patient·e·s, informations RH ou encore procédures pour commander du matériel. Une adresse unique permet également aux équipes de signaler leurs difficultés et de proposer des solutions.
Sur le terrain, les réponses ont mêlé mesures techniques et organisationnelles. Près de 650 ventilateurs supplémentaires ont été achetés. Des climatiseurs mobiles ont été achetés ou loués et répartis en priorité dans les secteurs les plus exposés. Films solaires, stores, toiles d’ombrage ou encore optimisation de la ventilation nocturne complètent l’arsenal. Les horaires de plusieurs restaurants ont été prolongés jusqu’à 20 h, tandis que l’offre de plats froids a été renforcée.

Mais la chaleur ne se combat pas uniquement avec du matériel. Dans les unités les plus sollicitées, les HUG ont cherché à renforcer les effectifs et à faciliter les pauses. Des étudiant·e·s en soins infirmiers ont notamment été engagé·e·s en renfort. Car rafraîchir et hydrater davantage les patient·e·s, les déplacer vers des zones climatisées ou renforcer leur surveillance demande du temps.
«Ce sont vraiment les équipes qui sont en première ligne et elles ont fait un travail extraordinaire cet été, souligne Sophie Meisser. Leur protection fait aussi partie intégrante du dispositif.»
Aux HUG, les ventilateurs sont utilisés dans les espaces communs, les espaces ambulatoires et aussi dans les chambres des patient·e·s. Pour les deux dernières catégories d’espaces, des conditions d’usage ont été strictement définies par le service de prévention et de contrôle de l’infection (SPCI). Des exigences strictes de nettoyage/désinfection des pales, grilles et support du ventilateur ont également été édictées par le SPCI.
Le défi est d’autant plus complexe que les quelque 150 bâtiments des HUG présentent des réalités très différentes. Certains sont récents, bien isolés et rafraîchis; d’autres, plus anciens, nombreux, sont beaucoup plus difficiles à adapter. Or ces derniers accueillent parfois les patient·e·s les plus vulnérables, notamment en gériatrie et en réadaptation.
Isolation, fenêtres, ventilation et systèmes de rafraîchissement doivent être pensés ensemble. «Transformer tous nos vieux bâtiments d’ici l’été 2027 en hôpitaux climatisés n’est pas réalisable», reconnaît l’experte.
Les HUG avancent donc sur plusieurs temporalités. À court terme, il s’agit de multiplier les solutions rapidement activables. À moyen et long terme, rénovations énergétiques et systèmes durables doivent progressivement rendre les bâtiments plus résistants aux fortes chaleurs. Entre les deux, il faudra continuer à trouver des solutions intermédiaires.

L’expérience de 2026 sert désormais de laboratoire. Les HUG réalisent un retour d’expérience et échangent avec d’autres hôpitaux et cliniques afin d’identifier ce qui a fonctionné et ce qui doit être amélioré. Sophie Meisser se garde toutefois d’affirmer que l’institution est déjà passée d’une logique de réaction à une parfaite anticipation. Le véritable changement réside plutôt dans la construction d’un dispositif qui permettra, dès les prochaines années, de mieux se préparer.
Pas question non plus de considérer l’été 2026 comme une anomalie qu’il suffirait de laisser derrière soi. Des épisodes similaires pourront se reproduire. «Tous les hôpitaux doivent se dire que de telles vagues de chaleur pourraient se reproduire.» L’objectif est donc pragmatique: «Ce sera mieux l’été prochain, même s’il est comme celui de 2026.»
Cette adaptation se fera par étapes. Davantage d’équipements disponibles avant l’arrivée des premières chaleurs, des mesures organisationnelles préparées en amont, puis des transformations plus lourdes du bâti: chaque été doit permettre d’améliorer le suivant.
Sophie Meisser rappelle enfin que l’hôpital possède un atout indéniable: sa capacité à se réorganiser face aux pics d’activité. Il le fait déjà chaque hiver, notamment lors des épidémies de virus hivernaux. La chaleur impose désormais d’appliquer cette faculté d’adaptation à une nouvelle saison.
Photo de titre: Bâtiment principal des HUG (DR).