
Loin des chambres et des consultations, une autre mécanique hospitalière tourne sans interruption au Centre hospitalier universitaire vaudois. Dans la centrale de stérilisation, les machines ronronnent derrière des portes sécurisées. Des chariots métalliques circulent d’une pièce à l’autre. Ici, pas de patient·e·s ni de blouses blanches dans les couloirs. Pourtant, chaque opération réalisée à l’étage dépend aussi du travail effectué dans ces sous-sols.
À la tête du service, Christophe Grange dirige 66 équivalents plein temps, soit environ 70 collaborateur ·rice·s. Ancien maçon passé par les hôpitaux militaires, le Valaisan déambule dans le service avec un accent chantant de son canton d’origine et des Crocs aux couleurs du Valais. Derrière cette allure décontractée se cache pourtant une responsabilité immense. «Si un plateau n’est pas complet ou qu’un instrument est défectueux, cela peut avoir des conséquences directes sur une opération», explique-t-il.

Le parcours des instruments débute dès leur sortie du bloc opératoire. Scalpel, pinces ou moteurs chirurgicaux arrivent souillés et sont immédiatement plongés dans des bains de prélavage. «Comme pour de la vaisselle sale, plus on attend, plus c’est difficile à nettoyer», glisse un collaborateur en manipulant un plateau encore humide. Les instruments passent ensuite dans de grands laveurs-désinfecteurs, semblables à d’immenses lave-vaisselle industriels.
Juste après, dans une vaste salle lumineuse, les employé·e·s recomposent les plateaux opératoires. C’est ici que se joue l’une des tâches les plus sensibles du processus. Au CHUV, plus de 2 500 plateaux différents coexistent, représentant environ 100 000 instruments. Chaque plateau doit être assemblé selon un listing précis. «Chaque instrument doit être contrôléun par un, vérifié et testé», explique le responsable. Certains plateaux contiennent jusqu’à 160 pièces. La pression est constante: «Si un instrument manque, l’opération peut être retardée ou prolongée», précise Christophe Grange.
Le service fonctionne tous les jours afin d’alimenter les 35 salles opératoires réparties dans la cité hospitalière. Certaines urgences imposent un retraitement accéléré en seulement quatre heures. «Nous suivons complètement le rythme du bloc opératoire», explique Christophe Grange. Dans un dernier SAS, les plateaux passent dans les stérilisateurs à vapeur. Les machines montent à 134 degrés durant 18 minutes. Une fois stérilisés et contrôlés, les instruments repartent vers les blocs opératoires via une logistique complexe et largement automatisée.
Chiffres clés
2500 plateaux opératoires différents y sont gérés
250 à 300 plateaux opératoires retraités par jour
100 000 instruments circulent dans le service
35 salles opératoires sont alimentées par la centrale
0,02 % de non-conformités avec impact patient sont recensées chaque année (annulation ou reprogrammation d’une opération)
Dans le service, chaque employé·e est formé·e à plusieurs postes. Sarah Fernandes, arrivée dans la centrale en 2017 après un apprentissage au CHUV dans le domaine de la propreté et de l’hygiène, apprécie cette polyvalence: «J’aime le côté minutieux du métier et le fait de changer régulièrement de tâches. On ne fait jamais quelque chose de monotone.»

Comme beaucoup de métiers hospitaliers techniques, la stérilisation souffre toutefois d’un manque de reconnaissance et d’une pénurie de personnel spécialisé. «Nous avons en permanence trois à quatre postes vacants», constate Christophe Grange. Depuis 2018, un CFC de technologue en dispositifs médicaux permet de former la relève. En parallèle, des formations pour adultes sont organisées avec Espace Compétences, où Christophe Grange enseigne également le cursus d’assistant·e technique en stérilisation.
Dans les sous-sols du CHUV, loin des regards, c’est pourtant ici que commence chaque opération.
Photos: Alicia Voumard