
Le virage ambulatoire prend une nouvelle dimension à Genève. Fruit d’un partenariat inédit entre les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et le Groupe Hirslanden, le Centre de chirurgie ambulatoire de Genève (CCAG), le site ambitionne de devenir un modèle suisse de chirurgie ambulatoire efficiente, avec près de 10’000 patient·es pris en charge dès la première année.
Lors de l’inauguration officielle, les discours mêlaient émotion, ambition et volonté de transformer durablement le système de santé suisse. «S’il ne fallait retenir qu’un chiffre, ce serait celui-ci: à San Francisco ou à New York, huit personnes sur dix rentrent chez elles après une intervention chirurgicale. À Genève, c’est l’inverse: sept personnes ne rentrent pas chez elles», souligne Juliette Lemaignen, directrice du CCAG. «Le Centre est là pour permettre ce fameux virage ambulatoire.»
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Avec ses 2’800 m², ses dix salles d’opération et ses deux flux distincts (l’un dédié aux procédures rapides sous anesthésie locale, l’autre aux interventions plus complexes), le centre a été conçu pour optimiser les parcours et fluidifier les prises en charge. Environ 40 soignant·es y travailleront. «L’un des gros enjeux du centre sera d’organiser les flux pour que ça tourne», résume Juliette Lemaignen. «Pour ce faire, pas de secret: il va falloir standardiser, rationaliser les processus, simplifier et utiliser les bonnes ressources au bon endroit.»
La chirurgie ambulatoire consiste à permettre aux patient·es de rentrer chez eux le jour même de leur intervention. Une évolution qui répond à la fois aux attentes des patient·es, aux progrès médicaux et aux impératifs économiques qui pèsent sur le système de santé. Pour Robert Mardini, directeur général des HUG, le bénéfice est évident. «Le patient prend moins de risques, notamment du point de vue des infections nosocomiales. Il gagne aussi en confort et en autonomie», explique-t-il.
Avec ces actes effectués en ambulatoire, nous libérons de précieuses ressources pour les cas lourds et complexes.
Robert Mardini, directeur général des HUG
Le projet intervient dans un contexte particulier. Depuis le 1er janvier 2026, la réforme tarifaire ambulatoire portée par l’OTMA introduit de nouveaux forfaits qui renforcent la nécessité d’optimiser les processus et les volumes d’activité. «EFAS va changer la donne. Nous avons le sentiment, l’intuition forte d’être au bon endroit au bon moment», estime Juliette Lemaignen.
Pour les responsables du projet, la chirurgie ambulatoire repose en effet sur une logique organisationnelle extrêmement précise: volumes importants, standardisation des procédures et rotations rapides entre les opérations. «Nous avons été guidés par les masses critiques», explique Gilles Rufenacht, CEO du Groupe Hirslanden. «Le volume d’activité donne du sens au centre, c’est la seule façon de faire de la chirurgie ambulatoire qui soit rentable, car aujourd’hui les incitations financières ne sont pas là.»

Très impliqué dans le projet depuis ses débuts, Gilles Rufenacht insiste aussi sur sa portée symbolique. «À l’époque des premières discussions, on assistait encore à des combats musclés entre public et privé. Ce projet met à mal ces préjugés. Il est le fruit d’un dialogue et d’une relation de confiance.»
«Le centre, c’est plus qu’un symbole, c’est une réalité», poursuit Gilles Rufenacht. «Une entreprise commune public-privé vouée au succès. Toutes les planètes sont alignées.» Selon lui, l’ambition dépasse Genève: «L’idée est de pouvoir dupliquer ce projet ailleurs en Suisse. D’autres projets sont déjà en cours dans d’autres cantons.»

Présent lors de l’inauguration, le conseiller d’État genevois Pierre Maudet a lui aussi insisté sur la portée nationale du projet. «Il y a eu des craintes autour de cet ovni que représente le CCA», reconnaît-il. «C’est un pari que nous inaugurons aujourd’hui, mais les enjeux vont bien au-delà du simple bâtiment.»
Pour le magistrat, le centre illustre une transformation profonde du système de santé. «Dans la logique du parcours patient, les frontières s’estompent entre public et privé, entre stationnaire et ambulatoire», observe-t-il. «Nous sommes désormais dans une logique de système de santé, et non plus uniquement de soins.»
Selon Pierre Maudet, le CCAG pourrait aussi servir de modèle pour améliorer l’organisation du financement hospitalier en Suisse. «L’exemple concret du CCA démontre qu’une meilleure standardisation est possible et vivement souhaitable. Cela va nous permettre d’améliorer le système forfaitaire.»
Nous sommes scrutés au niveau suisse. Nous rendons le virage ambulatoire possible, mais nous sommes attendus au tournant.
Pierre Maudet, conseiller d’État genevois
Malgré les défis organisationnels et culturels, les responsables du projet affichent leur confiance. «C’est un changement culturel à opérer, cela va prendre du temps», reconnaît Robert Mardini. «Mais nous avons tous les atouts de notre côté.»
Dès cette année, près de 10’000 patient·es seront pris en charge au CCAG dans de nombreuses spécialités: orthopédie, chirurgie viscérale, chirurgie de la main, ORL, ophtalmologie, gynécologie, urologie ou encore dermatochirurgie.
Pour Genève, le pari est désormais lancé. Et pour ses promoteurs, le centre pourrait bien préfigurer le futur de la chirurgie suisse.
Photo de titre: CCAG (crédit: MUC)