DAS SUSA HES SO Valais
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7. avril 2026

HES-SO Valais

Services d'urgence

Former des expert·e·s pour les urgences de demain

Les services d’urgence constituent souvent la première porte d’entrée du système de santé. Pour répondre à la complexité croissante des situations, la HES-SO Valais propose le Diploma of Advanced Studies en soins d’urgence et soins aigus (DAS-SUSA), une formation unique en Suisse.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

Aux urgences, tout peut se jouer en quelques minutes. Une douleur thoracique, une détresse respiratoire, une crise psychique: derrière chaque porte qui s’ouvre, une situation différente exige une évaluation rapide et des décisions précises. Pour accompagner les infirmiers·ères face à cette complexité croissante, la HES-SO Valais a mis en place une formation spécialisée: le Diploma of Advanced Studies HES-SO en soins d’urgence et soins aigus (DAS-SUSA), destiné aux professionnel·le·s déjà actif·ve·s dans ce domaine.

Une formation unique en Suisse

Le DAS-SUSA se distingue dans le paysage suisse. Contrairement à certaines formations internes proposées dans les hôpitaux, il est le seul à délivrer un titre académique reconnu et 35 crédits ECTS. «Le DAS-SUSA est actuellement le seul programme qui offre cette spécialisation avec une reconnaissance universitaire», explique Omar Portela Dos Santos, responsable du DAS et maître d’enseignement HES à la HES-SO Valais. La formation s’étend sur deux ans et combine apports théoriques, enseignements cliniques et travail de diplôme. Chaque année, une nouvelle volée d’étudiant·e·s débute en janvier.

Un accompagnement individualisé répondant aux besoins des étudiant·e·s et aux caractéristiques spécifiques du lieu de pratique est mis en place dès le début.

«Nous souhaitons former des clinicien·ne·s qui savent agir dans l’urgence, mais aussi argumenter leurs décisions et adopter une posture réflexive», souligne Omar Portela Dos Santos.

Développer le jugement clinique

L’un des objectifs principaux du programme est de renforcer le raisonnement clinique des professionnel·le·s. «Historiquement, notre profession s’est beaucoup centrée sur le savoir faire technique, observe Omar Portela Dos Santos. «Aujourd’hui, on attend surtout des infirmiers·ères qu’elles·ils développent un jugement clinique solide et qu’elles·ils mobilisent les bonnes ressources au bon moment.»

Pour y parvenir, le DAS-SUSA s’appuie sur les données probantes et la littérature scientifique. Les étudiant·e·s apprennent notamment à analyser des articles, à utiliser des bases de données ou encore à présenter leurs travaux sous forme de posters scientifiques. «Nous souhaitons former des clinicien·ne·s qui savent agir dans l’urgence, mais aussi argumenter leurs décisions et adopter une posture réflexive», souligne l’expert.

Simulation et compétences techniques

Le programme inclut également plusieurs modules très pratiques. Les participant·e·s sont formé·e·s à des gestes techniques spécifiques aux urgences, comme la pose de voies veineuses périphériques sous échographie ou l’accès intra osseux dans les situations critiques. Ces modules sont aussi accessibles aux professionnel·le·s intéressé·e·s qui ne suivraient pas le DAS-SUSA. Les prises en charge complexes sont exercées lors de journées de simulation pour pouvoir revenir sur les décisions, prendre le temps d’évaluer tout acte et proposer une amélioration. La formation offre ainsi un équilibre judicieux entre une présence à la HES, un suivi sur le terrain clinique et des cours théoriques et des mises en pratique simulées. Le savoir, le savoir faire, le savoir être et le savoir agir sont ainsi travaillés, développés et questionnés.

La formation inclut également plusieurs modules très pratiques. Ces derniers sont également accessibles aux professionnel·le·s intéressé·e·s qui ne suivraient pas le DAS-SUSA (DR).

Au delà des compétences techniques, la formation encourage aussi une réflexion plus large sur les pratiques de soins. «L’idée est d’apprendre aux professionnel·le·s à questionner leurs pratiques pour privilégier des interventions qui apportent réellement un bénéfice aux patient·e·s», souligne Omar Portela Dos Santos. Il cite par exemple l’administration intraveineuse systématique de certains médicaments antidouleur. «Dans de nombreux cas, une prise orale serait tout aussi efficace, tout en évitant du matériel, des déchets et un geste invasif.» Cette réflexion s’inscrit dans une approche plus durable des soins, un enjeu qui s’impose progressivement dans les hôpitaux et les cliniques.»

Des urgences en pleine mutation

La formation tient également compte de l’évolution des patientèles. Les urgences accueillent aujourd’hui des situations très diverses, y compris des détresses psychologiques. «Depuis le COVID, on observe davantage de jeunes patient·e·s qui viennent pour des crises suicidaires ou des troubles psychiques, relève Omar Portela Dos Santos. Être formé·e pour aiguiller les patient·e·s souffrant de troubles psychologiques est désormais une nécessité lorsque l’on travaille aux urgences.» Le DAS-SUSA intègre ainsi des enseignements en psychiatrie et en communication. L’objectif est de permettre aux soignant·e·s de désamorcer des situations tendues et d’adopter une posture empathique face à des patient·e·s parfois anxieux ou agressifs.

Un bénéfice pour les hôpitaux

Pour les institutions de santé, soutenir ce type de formation représente un investissement stratégique. La littérature scientifique montre en effet qu’un haut niveau de spécialisation infirmière contribue à réduire les événements indésirables et les complications durant l’hospitalisation. «Plus les professionnel·le·s sont formé·e·s et développent une pratique réflexive basée sur les recommandations de bonne pratique, moins on observe d’événements indésirables», souligne Omar Portela Dos Santos.

Vers des praticien·ne·s réflexif·ve·s

Au terme des deux années de formation, les participant·e·s acquièrent des compétences multiples: expertise clinique, leadership, collaboration interprofessionnelle et communication. «Pour moi, le maître mot, c’est de former des praticien·ne·s réflexif·ve·s», résume Omar Portela Dos Santos. «Chaque soin délivré doit être argumenté, basé sur des données probantes et orienté vers la sécurité de la·du patient·e.» Dans un contexte hospitalier en constante évolution, cette capacité à analyser, questionner et adapter les pratiques pourrait bien devenir l’une des compétences les plus précieuses des urgences de demain.

Photo de titre: via Canva.com

   

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