
Le Professeur Oscar Matzinger n’a jamais dissocié l’exercice clinique de la réflexion organisationnelle. Radio-oncologue de formation, il a travaillé dans plusieurs hôpitaux de Suisse romande, occupant à la fois des fonctions médicales et des responsabilités de pilotage. Cette double expérience a progressivement façonné sa manière de concevoir les soins. «Très tôt, j’ai compris que la qualité médicale ne dépend pas uniquement des compétences individuelles, mais aussi du cadre dans lequel elles s’exercent», résume-t-il.»
La richesse de son parcours nourrit chez lui une réflexion sur le rôle des médecins dans les processus décisionnels. «On nous demande d’assumer la responsabilité clinique, mais trop rarement celle de l’organisation qui la rend possible», constate-t-il. Pour le Prof. Matzinger, ces deux dimensions sont indissociables: lorsque la gouvernance peine à intégrer la réalité du terrain, les équipes s’épuisent et les marges d’amélioration se réduisent.

C’est avec ce regard critique qu’il rejoint la Clinique de Genolier, d’abord à la tête de la radio-oncologie, puis comme Chief Medical Officer (CMO) de Swiss Medical Network. Il y découvre une radiothérapie multi-sites, entre Genève et Genolier, structurée selon des lignes hiérarchiques distinctes par profession – une organisation qu’il juge peu adaptée à une discipline hautement spécialisée. «La radio-oncologie repose sur une coordination étroite entre les professions; la fragmentation des responsabilités nuit à la cohérence du parcours de soins».
Il fait alors un choix fort: réunifier sous une même direction l’ensemble des professions: médicin·e·s, physicien·ne·s médicaux·ales, technicien·ne·s en radiologie, soignant·e·s et secrétariat. Objectif: standardiser les processus, homogénéiser et améliorer la qualité. Résultat? Une prise en charge homogène des patient·e·s, quel que soit le médecin ou le site, soutenue par un processus d’amélioration continue de la qualité des traitements, tout en renforçant l’efficience du service.
«Il a fallu clarifier les rôles, redéfinir certaines responsabilités et surtout instaurer une confiance mutuelle», explique le médecin. Le processus s’est construit par étapes, en associant étroitement les équipes aux décisions et en laissant une place aux retours du terrain. Cette démarche participative s’est révélée déterminante pour l’adhésion des collaborateur·trice·s et pour la pérennité des changements engagés.
Contrairement à une idée répandue, la standardisation ne rime pas ici avec rigidité. Le service met en place des procédures cliniques communes, réévaluées chaque année à la lumière des nouvelles données scientifiques. «On se met d’accord sur une base commune, mais on garde la liberté de s’en écarter si la situation clinique l’exige, à condition de le justifier et de le documenter», explique le médecin. Deux colloques hebdomadaires permettent de discuter l’ensemble des cas, d’analyser les plans de traitement et d’associer toutes les professions à la réflexion. Cette transparence renforce la cohérence des pratiques et la compréhension mutuelle. «Quand tout le monde partage les mêmes informations, la qualité devient une responsabilité collective.»
Cette structuration interne ouvre aussi la voie à des collaborations inédites. Le service de radio-oncologie s’inscrit dans le Genolier Innovation Hub, qui accueille des partenaires industriels internationaux pour la formation, la recherche appliquée et le développement technologique. Chaque semaine, des professionnel·le·s du monde entier viennent s’y former sur des équipements de pointe. Ces échanges nourrissent une dynamique vertueuse, renforcent l’attractivité du service et offrent aux équipes des perspectives au-delà de la seule activité clinique.
Proposer un environnement où l’on peut soigner, enseigner et innover est un levier puissant pour recruter et fidéliser.
Prof. Oscar Matzinger
Dans le même esprit de création de réseaux, le Professeur Matzinger occupe le poste de Professor of Practice à l’ETH Zurich. Cette fonction lui permet non seulement d’appuyer l’ETH dans ses activités d’enseignement clinique, mais aussi de faire le lien entre les équipes de recherche de l’ETH et les professionnel·le·s de la santé du Swiss Medical Network.Proposer un environnement où l’on peut soigner, enseigner et innover est un levier puissant pour recruter et fidéliser.
Au-delà du service de radiothérapie, cette approche inspire désormais la gouvernance du groupe Swiss Medical Network. Avec la création d’un poste de direction médicale au niveau de la direction générale du groupe, l’ambition est claire: instaurer une gouvernance médico-soignante réellement partenariale. «Je ne me vois pas comme un chef hiérarchique, mais comme un catalyseur, insiste le Prof. Matzinger. Il s’agit de donner de l’énergie à des projets portés par celles et ceux qui en ont l’envie.»
Selon lui, l’avenir du système de santé passe par la fin des oppositions stériles entre médecins, soignant·e·s et équipes administratives. «La majorité des personnes veulent bien faire. Si on casse les silos et qu’on construit un projet médico-soignant commun, on peut concilier qualité des soins, efficience et sens du travail.»
Photo de titre: Genolier Innovation Hub (DR)