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14. février 2023

Focus

Swiss Medical Network SA

Le secteur privé démontre aussi une forte capacité d’innovation

Dans le secteur privé, Swiss Medical Network SA (SMN) se signale par plusieurs innovations: focus sur le Genolier Innovation Hub, le Réseau de l’ARC et la plateforme Well. Antoine Hubert, administrateur délégué, répond à nos questions.
Competence Marie-Claire Chamot

auteur

Marie-Claire Chamot

Rédactrice de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

marie-claire.chamot@hplus.ch

Le Genolier Innovation Hub sera inauguré début 2024. A quels besoins ce centre doit-il répondre?

Antoine Hubert, administrateur délégué de Swiss Medical Network SA et président de Genolier Innovation Hub SA.(Photo-genic.ch/Olivier Maire)

Nous voulons offrir la possibilité aux industries et sociétés actives dans le secteur de la santé de travailler au quotidien à proximité immédiate des patient·e·s et des médecins et en interaction avec les hôpitaux et les hautes écoles. Il ne s’agira pas de recherche fondamentale mais plutôt de mise au point pour des produits prêts à entrer sur le marché ou destinés à la formation et aux démonstrations. L’objectif est de diminuer le temps de latence entre la recherche, le développement et l’application.

Comment le bâtiment est-il conçu?

Le Genolier Innovation Hub est pensé comme une sorte d’hôtel pour entreprises, qui pourront y résider pour des périodes temporaires, de quelques jours à plusieurs mois ou années. A quelques exceptions près, il s’agit de garantir une rotation des projets et des acteurs. Nous avons donc prévu des espaces modulaires et flexibles pour les accueillir. Le bâtiment comprendra également quatre bunkers pour la radiothérapie et la médecine nucléaire, des salles de formation, un auditorium de 300 places, une infrastructure pour congrès et événements ainsi que deux salles d’opération pour la démonstration et la formation en situation réelle aux nouvelles technologies chirurgicales.

Pouvez-vous donner un exemple de formation?

Accuray, numéro 3 mondial en radiothérapie, fait partie des quelques entreprises qui seront présentes à Genolier sur le long terme. Cette société américaine a décidé d’installer ici son centre de formation «Rest of the World» (hors USA).

Quelque 1000 à 2000 personnes du monde entier sont attendues chaque année pour se former à l’utilisation des appareils de la marque, avant même qu’ils soient installés dans leurs propres locaux. Cette anticipation leur permet de gagner du temps.

Vous prévoyez un budget de 100 millions de francs. Est-ce possible de financer un projet de cette ampleur avec les tarifs médicaux?

Le projet n’a rien à voir avec le fonctionnement de la clinique de Genolier ni avec les tarifs médicaux! L’investissement est effectué par Infracore SA, une filiale de notre groupe AEVIS Victoria SA et de Medical Properties Trust Inc, une société d’investissement américaine qui possède plus de 450 hôpitaux dans le monde. Infracore est basée en Suisse et son portefeuille se compose de 40 bâtiments principalement loués aux différentes cliniques de Swiss Medical Network SA. L’Innovation Hub de Genolier SA sera locataire du nouveau bâtiment, qui reste propriété d’Infracore.

L’Hôpital de la Providence, la Haute Ecole Arc et Johnson&Johnson réalisent ensemble un projet pour optimiser la gestion d’un bloc opératoire. Pouvez-vous citer d’autres exemples d’innovation conduits dans le groupe SMN?

En Suisse, 80% des opérations sont effectuées en stationnaire alors que, techniquement et médicalement, il serait possible de réaliser 80% des interventions en ambulatoire. Cette anomalie est due aux tarifs généralement insuffisants de l’ambulatoire. Le système de financement incite à opter pour le stationnaire, mais on peut au moins essayer de réduire la durée de séjour… Par exemple, la Rosenklinik de Rapperswil conduit un projet pilote pour accélérer le retour à domicile.

Il s’agit d’organiser globalement la prise en charge, en collaboration avec les soins à domicile: par exemple préparer la condition physique du patient ou de la patiente avant l’opération, réaliser les aménagements éventuels du domicile.

Avec le Réseau de l’ARC, Swiss Medical Network se montre aussi très innovant dans le financement de la santé. Pour quelle raison?

Le financement à l’acte pousse à la consommation en incitant les fournisseurs de prestations à effectuer le plus de traitements possibles. En partenariat avec Visana et le canton de Berne, nous créons un réseau capable de prendre les gens en charge durant tout leur parcours de vie, avec pour incitatif prioritaire de les garder en bonne santé plutôt que d’uniquement les soigner. L’assurance encaissera les cotisations des membres, paiera (ou encaissera) sa part pour la péréquation des risques puis versera l’intégralité du montant au réseau, qui devra couvrir les besoins en santé de ses membres avec ce montant. Moins il en fera, plus il gagnera! Mais si le réseau n’en fait pas assez, les gens ne seront pas satisfaits et changeront d’organisation. Dans un tel modèle, le ou la généraliste placé·e au centre du dispositif se voit confier 2500 à 3000 membres avec pour mission de gérer leur capital santé.

Un tel système peut-il fonctionner parallèlement au système d’assurance actuel?

C’est un modèle alternatif d’assurance obligatoire comme un autre, que chacun·e pourra choisir librement. Il faut toujours plusieurs modèles, la concurrence garantit la meilleure qualité! D’ailleurs, les établissements du Réseau de l’Arc continueront comme aujourd’hui d’accueillir des patient·e·s couvert·e·s par des modèles d’assurance classiques.

Mais je pense que notre modèle suscitera une très forte adhésion de la population, il enclenche un cercle vertueux qui permettra de diminuer les primes.

Votre groupe s’est aussi associé à la nouvelle plateforme de santé numérique Well. Avec quels objectifs?

Une plateforme digitale, c’est comme un software, il vaut ce que vaut le hardware… La valeur d’une plateforme de santé numérique dépend des prestations de santé qui lui sont reliées: hôpitaux, soins à domicile, pharmacie, EMS, etc. D’une part, nous avons le projet d’utiliser Well avec nos membres du Réseau de l’ARC. D’autre part, notre intégration à cette plateforme nous permet de développer une vision et des projets avec d’autres acteurs de la santé pour améliorer la fluidité du système. Si on instaure des réseaux de soins qui fonctionnent, les gens les rejoindront naturellement et la digitalisation deviendra simple et évidente. C’est ainsi qu’on progressera, non pas avec des lois et des règlements.

Représentation du chantier mi-décembre 2022 (côté gauche de l’image) et future impression du Hub sous format 3D (côté droit). Par souci d’intégration, le centre d’innovation a été creusé dans la pente et le toit offrira une surface plane végétalisée (Image: Genolier Innovation Hub).

   

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