{"id":50595,"date":"2025-08-19T09:50:00","date_gmt":"2025-08-19T07:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/competence.ch\/?p=50595"},"modified":"2025-08-12T12:32:12","modified_gmt":"2025-08-12T10:32:12","slug":"psychiatrie-sous-tension-un-miroir-de-notre-societe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/competence.ch\/fr\/psychiatrie-sous-tension-un-miroir-de-notre-societe\/","title":{"rendered":"Psychiatrie sous tension: un miroir de notre soci\u00e9t\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abJe pense qu\u2019il y a une crise g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me de soins, en Suisse comme ailleurs\u00bb, affirme d\u2019embl\u00e9e Claudine Burton-Jeangros, professeure ordinaire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, sociologue sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions de sant\u00e9. Pour elle, la psychiatrie, aujourd\u2019hui en grande difficult\u00e9, n\u2019est que la partie \u00e9merg\u00e9e d\u2019un malaise plus vaste. \u00abLes demandes augmentent, les besoins sont immenses, et l\u2019offre peine \u00e0 suivre. Le COVID-19 a agi comme un r\u00e9v\u00e9lateur, mais la tendance \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un secteur m\u00e9dical qui se fait une place<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Longtemps rel\u00e9gu\u00e9e, la sant\u00e9 mentale sort progressivement de l\u2019ombre. \u00abElle a \u00e9t\u00e9 pendant tr\u00e8s longtemps cantonn\u00e9e aux cas psychiatriques graves. Aujourd\u2019hui, on reconna\u00eet aussi l\u2019anxi\u00e9t\u00e9, la d\u00e9pression, les \u00e9tats de mal-\u00eatre\u2026 Et cela change tout\u00bb, souligne la sociologue. Dans les enqu\u00eates de sant\u00e9 publique, cette \u00e9volution se lit clairement: les plus jeunes g\u00e9n\u00e9rations, notamment, parlent plus volontiers de leurs souffrances psychiques. Toutefois, la stigmatisation demeure dans de nombreux milieux. \u00abIl y a encore des communaut\u00e9s dans lesquelles consulter un\u00b7e psychiatre reste tr\u00e8s mal vu.\u00bb<\/p>\n\n\n<h2 class=\"highlight\">\nLa pand\u00e9mie a \u00e9galement mis en lumi\u00e8re l\u2019\u00e9puisement des professionnel\u00b7le\u00b7s de la sant\u00e9. <\/h2>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abLes vocations sont questionn\u00e9es. Les conditions de travail sont tellement difficiles, la pression si forte, que les soignant\u00b7e\u00b7s n\u2019arrivent plus \u00e0 suivre\u00bb, d\u00e9plore-t-elle. Cette crise du \u00abcare\u00bb, aliment\u00e9e par des logiques gestionnaires et une perte de sens, touche particuli\u00e8rement les m\u00e9tiers de la psychiatrie. \u00abLe discours sur les soins centr\u00e9s sur la\u2219le patient\u2219e est tr\u00e8s pr\u00e9sent, mais dans la r\u00e9alit\u00e9, les pratiques restent fragment\u00e9es, cloisonn\u00e9es.\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignright size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"472\" height=\"296\" src=\"https:\/\/competence.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/burton-jeangros_569.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-50600\" style=\"width:421px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/competence.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/burton-jeangros_569.jpg 472w, https:\/\/competence.ch\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/burton-jeangros_569-300x188.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 472px) 100vw, 472px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Claudine Burton-Jeangros, professeure ordinaire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, sociologue sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions de sant\u00e9 (DR).<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Des \u00e9volutions profondes\u2026 mais incompl\u00e8tes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette d\u00e9sorganisation s\u2019explique en partie par l\u2019histoire du syst\u00e8me hospitalier moderne, fond\u00e9 sur la sp\u00e9cialisation. \u00abOn forme des expert\u00b7e\u00b7s tr\u00e8s pointu\u00b7e\u00b7s, mais on manque de vision globale. La psychiatrie est encore trop peu int\u00e9gr\u00e9e aux soins somatiques.\u00bb Pourtant, les enjeux sont immenses: hospitalisation d\u2019urgence, isolement, suivi au long cours\u2026 Et des questions fondamentales restent ouvertes. \u00abLes sciences sociales interrogent encore aujourd\u2019hui: ces troubles sont-ils biologiques? Ou r\u00e9sultent-ils d\u2019un manque d\u2019int\u00e9gration sociale?\u00bb<\/p>\n\n\n<h2 class=\"highlight\">\nLe champ de la psychiatrie a pourtant connu une \u00e9volution majeure avec la d\u00e9sinstitutionnalisation, amorc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960-1970 gr\u00e2ce aux traitements m\u00e9dicamenteux. Elle a permis de sortir les patient\u00b7e\u00b7s des h\u00f4pitaux, de promouvoir des soins ambulatoires. <\/h2>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais les effets de cette politique sont encore difficiles \u00e0 \u00e9valuer. \u00abQuand on voit le nombre de personnes sans domicile fixe, on peut se questionner: est-ce la rue qui rend malade, ou bien est-ce leur sant\u00e9 mentale qui les a conduit\u00b7e\u00b7s \u00e0 la rue?\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un autre changement majeur est venu des patient\u00b7e\u00b7s et de leurs proches, qui r\u00e9clament davantage de reconnaissance et de participation. \u00abIl y a un rejet des approches surplombantes. Les personnes concern\u00e9es ont une expertise, un v\u00e9cu, qui doit \u00eatre pris en compte\u00bb, insiste Claudine Burton-Jeangros. Des mouvements de contestation, plus visibles dans les pays anglo-saxons, remettent en cause l\u2019autorit\u00e9 exclusive du corps m\u00e9dical. La Suisse n\u2019est pas en reste: les Mad Pride se multiplient, avec la prochaine marche nationale pr\u00e9vue \u00e0 Berne en 2026, apr\u00e8s Lausanne en 2023.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le paradoxe du bien-\u00eatre<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans ce paysage en mutation, un paradoxe demeure: alors que les conditions de vie mat\u00e9rielles se sont globalement am\u00e9lior\u00e9es, les indicateurs de sant\u00e9 mentale, eux, se d\u00e9gradent. \u00abQuand j\u2019avais 20 ans, on \u00e9tait optimistes pour le futur. Aujourd\u2019hui, les jeunes vivent avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019on va dans le mur: r\u00e9chauffement climatique, guerres, pand\u00e9mies\u2026 Cela cr\u00e9e un climat anxiog\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9\u00bb, analyse la sociologue.<\/p>\n\n\n<h2 class=\"highlight\">\n\u00c0 cette angoisse existentielle s\u2019ajoute la pression constante d\u2019\u00eatre en bonne sant\u00e9, de se surveiller, de pr\u00e9venir tous les risques.<\/h2>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00abPlus on est en bonne sant\u00e9, plus on s\u2019inqui\u00e8te. On culpabilise les individus pour leurs comportements d\u00e9favorables \u00e0 la sant\u00e9, alors que l\u2019environnement est en r\u00e9alit\u00e9 la cause majeure des maladies.\u00bb Le syst\u00e8me de soins, quant \u00e0 lui, est pris dans des logiques d\u2019efficacit\u00e9 et de performance qui nuisent \u00e0 la relation humaine. \u00abLes h\u00f4pitaux sont devenus d\u2019\u00e9normes machines de gestion. Cela emp\u00eache les professionnel\u00b7le\u00b7s de mettre en \u0153uvre les valeurs du soin.\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Claudine Burton-Jeangros, il est n\u00e9cessaire de repenser le syst\u00e8me en profondeur. Int\u00e9grer v\u00e9ritablement la psychiatrie dans l\u2019ensemble des soins, all\u00e9ger la pression sur les \u00e9quipes, et reconna\u00eetre le r\u00f4le actif des patient\u00b7e\u00b7s. Car la sant\u00e9 mentale ne peut plus rester le maillon faible de notre syst\u00e8me de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n<p class=\"text_small\">Photo de titre: via Canva.com<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abJe pense qu\u2019il y a une crise g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me de soins, en Suisse comme ailleurs\u00bb, affirme d\u2019embl\u00e9e Claudine Burton-Jeangros, professeure ordinaire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve, sociologue sp\u00e9cialis\u00e9e dans les questions de sant\u00e9. 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