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9. août 2023

Maladie d'Alzheimer

Nouvel examen dans la routine clinique

L’UNIGE et les HUG détectent la présence d’une protéine grâce à l’imagerie

Grâce à une technique d'imagerie très récente, des chercheurs∙euses parviennent à prédire le déclin cognitif des patient∙e∙s atteint∙e∙s de la maladie neurodégénérative.

À l’heure actuelle, l’un des principaux outils de diagnostic de la maladie d’Alzheimer est la tomographie par émission de positons (TEP ou PET selon l’acronyme anglais), une technique d’imagerie où l’injection de traceurs permet de visualiser les processus pathologiques spécifiques dans le cerveau. «Le PET consiste à injecter aux patient∙e∙s un traceur faiblement radioactif disparaissant de l’organisme en quelques heures. Ces éléments sont conçus pour se lier aux molécules humaines que l’on souhaite détecter, afin de les rendre visibles par PET scan de manière très sensible», détaille Valentina Garibotto, professeure associée au Département de radiologie et informatique médicale de la Faculté de médecine de l’UNIGE et médecin-cheffe du Service de médecine nucléaire et imagerie moléculaire des HUG, qui a dirigé ces recherches.

Des traceurs spécifiques de l’amyloïde existent depuis un certain temps, de même que pour suivre le métabolisme du glucose, qui indique la capacité du cerveau à utiliser correctement ses ressources énergétiques. Cependant, la maladie d’Alzheimer est complexe et ces deux techniques ne suffisent pas à apporter toutes les réponses.

Valentina Garibotto, professeure associée

Comparer les techniques d’imagerie

Le Flortaucipir est un radiotraceur se liant à la protéine tau mis au point par une compagnie pharmaceutique et approuvé en 2020 par la Food and Drug Administration (FDA). Il permet d’observer son accumulation dans le cerveau, et surtout sa distribution, et d’évaluer précisément son rôle dans la manifestation clinique de la maladie. Les scientifiques de l’UNIGE et des HUG ont voulu déterminer quelle modalité d’imagerie — PET amyloïde, PET du métabolisme du glucose ou le nouveau PET tau — permet de mieux prédire le futur déclin cognitif dû à la maladie d’Alzheimer. Quelque 90 volontaires ont été recruté∙e∙s parmi les patient∙e∙s du Centre de la mémoire des HUG.

Nos résultats montrent que si les différents examens PET étaient tous associés à la présence des troubles cognitifs, confirmant ainsi leur rôle en tant qu’indicateurs solides de la maladie d’Alzheimer, le PET tau était le meilleur pour prédire la rapidité du déclin cognitif, même sans symptômes marqués au départ

Cecilia Boccalini, doctorante dans l’équipe de la professeure Garibotto

Détecter les variations individuelles

Les plaques d’amyloïde ne s’accompagnent pas forcément de perte cognitive ou de perte de mémoire. Or, la présence de tau va toujours de pair avec des symptômes cliniques. Son absence ou présence est le déterminant principal de la stabilité de l’état d’une personne malade, ou au contraire de sa péjoration rapide. Cependant, sa visualisation par les techniques d’imagerie a été plus compliquée à mettre au point à cause notamment de sa plus faible concentration et de sa structure particulièrement complexe.

«Cette avancée est déterminante pour mieux prendre en charge la maladie d’Alzheimer. Récemment, des médicaments ciblant l’amyloïde ont démontré des résultats positifs. De nouveaux traitements ciblant la protéine tau semblent aussi prometteurs. En parvenant à détecter la maladie le plus tôt possible, avant que le cerveau ne soit trop endommagé, et grâce aux nouveaux traitements, nous espérons réellement pouvoir faire une différence dans le futur et pour la qualité de vie des malades», souligne Valentina Garibotto. «De même, nous commençons à cartographier la distribution de tau afin de comprendre comment sa localisation sur les différentes régions du cerveau influe sur les symptômes.»

En effet, les causes et les différentes étapes de la maladie s’avèrent beaucoup moins uniformes qu’on ne le pensait et la susceptibilité individuelle aux mêmes phénomènes doit être mieux comprise.

Ces résultats plaident donc fortement pour l’intégration du PET tau dans les examens cliniques de routine afin d’évaluer le pronostic individuel et de sélectionner pour chaque malade la stratégie thérapeutique la plus adaptée.

Photo de titre: Imagerie de la tau avec le 18F-Flortaucipir PET dans la maladie d’Alzheimer. La figure montre un modèle prototypique d’accumulation de tau, obtenu en comparant la charge en tau de patient∙e∙s atteint∙e∙s de la maladie d’Alzheimer à celle de témoins sain∙e∙s. L’échelle de couleur bleu-blanc indique des charges de tau plus prononcées, les zones rose-blanc représentant celles où l’accumulation est la plus importante (UNIGE).

   

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