
En 2023, 23 602 personnes de 65 ans et plus ont été hospitalisées au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), représentant 51 % de la patientèle adulte hospitalisée. Un tiers des aîné·e·s hospitalisé·e·s risquent de développer des complications en raison notamment d’un environnement inadapté à leurs besoins2 et 3.
Le programme «Le CHUV, Hôpital Adapté aux Aînés» (abrégé HAdAs) vise à améliorer l’hospitalisation des aîné·e·s et à réduire ce risque de complications en agissant sur cinq axes: les pratiques cliniques transverses pour prendre en charge les complications gériatriques; la formation des professionnel·le·s oeuvrant auprès des personnes âgées; l’adaptation de l’environnement; une organisation du travail et une gouvernance soutenant les soins adaptés aux aîné·e·s et un axe transversal d’éthique clinique promouvant des soins centrés sur la personne et la lutte contre l’âgisme.
Dans ces unités, l’analyse des facilitateurs et des freins à l’amélioration des soins aux aîné·e·s a été réalisée avec le Geriatric Institutional Assessment Profile (GIAP), comprenant 48 questions qui couvrent six dimensions: la continuité et la planification des soins pour répondre aux besoins spécifiques des aîné·e·s; la disponibilité des ressources nécessaires pour soutenir des soins adaptés aux aîné·e·s; les barrières aux soins aux aîné·e·s; la culture organisationnelle et des valeurs qui soutiennent les soins de qualité pour les aîné·e·s; la valorisation des soins gériatriques et la priorité accordée à l’amélioration des soins; et les connaissances de base des professionnel·le·s4. Les réponses sont basées sur des échelles de Likert mesurées de 1 à 5.

Au total, 146 professionnel·le·s ont participé, principalement des infirmières·ers (41%) et des médecins (24%). La majorité des participants (83%) considèrent que les soins dispensés aux aîné·e·s sont centrés sur la personne et que les professionnel·le·s sont attentifs·ves à leurs besoins (75%). Plus de deux tiers (72%) estiment que les équipes connaissent les répercussions du vieillissement sur le projet de soins, mais moins sur les médicaments (48%). En oncologie ambulatoire, les soins adaptés à l’âge (3.6/5) et le soutien organisationnel (3.6/5) sont modérés, et la disponibilité des ressources est perçue comme faible (2/5) (voir graphique ci-dessus). Les participant·e·s de traumatologie montrent des perceptions équilibrées avec des scores plus élevés pour la disponibilité des ressources (2.8/5) et la priorité accordée aux soins aux aîné·e·s (3.5/5). L’unité de médecine se distingue par des scores élevés pour les soins adaptés (3.8/5) et la culture organisationnelle (3.7/5), malgré une faible perception des ressources disponibles (2.3/5). Les unités de psychiatrie de l’âge avancé affichent les scores les plus plevés pour les soins adaptés (4/5) et la priorisation des soins aux aîné·e·s (3.8/5), avec une disponibilité des ressources légèrement supérieure (2.8/5).
Deux tiers des participant·e·s indiquent que le nombre de patient·e·s par soignant·e est trop élevé, et plus de la moitié que le temps de soins est insuffisant. Les professionnel·le·s identifient un manque de services spécialisés, d’équipements adaptés et de connaissances sur les soins aux aîné·e·s (67%), ce qui est confirmé par un taux de réponses erronées de 43% au test de connaissances.
Les résultats du GIAP révèle des opportunités et des défis pour l’implantation du programme HAdAs. Les équipes rapportent une forte adhésion aux principes de soins centrés sur la personne, une sensibilité aux besoins des aîné·e·s et une bonne compréhension des implications du vieillissement sur les soins. Cependant, la charge de travail, le manque de temps dédié aux soins, de ressources spécialisées et d’équipements adaptés limitent leur capacité à fournir des soins optimaux aux aîné·e·s.
Pour surmonter ces défis, il est crucial d’optimiser l’allocation des ressources, de repenser les modèles de dotation en personnel et d’investir dans la formation et les équipements. Le succès de HAdAs dépendra de la création d’une gouvernance interdisciplinaire pour coordonner une approche flexible et multidimensionnelle, transformant ainsi le CHUV en un environnement adapté aux aîné·e·s.
1Article co-écrit avec la participation d’Isabelle Lehn, directrice des soins, du prof. Pierre-Nicolas Carron, chef de département des Centres interdisciplinaires et chef de service des Urgences, de la prof. Patrizia D’Amelio, cheffe du service de gériatrie et réadaptation gériatrique et du prof. Cédric Mabire, professeur associé.
2 Mudge AM, McRae P, Hubbard RE, Peel NM, Lim WK, Barnett AG, et al. Hospital-Associated Complications of Older People: A Proposed Multicomponent Outcome for Acute Care. J Am Geriatr Soc. 2019;67(2):352-6.
3Sourdet S, Lafont C, Rolland Y, Nourhashemi F, Andrieu S, Vellas B. Preventable Iatrogenic Disability in Elderly Patients During Hospitalization. J Am Med Dir Assoc. 2015;16(8):674-81.
4Boltz M, Capezuti E, Kim H, Fairchild S, Secic M. Test – Retest Reliability of the Geriatric Institutional Assessment Profile. Clin Nurs Res. 2009;18(3):242-52.
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