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10. octobre 2023

Pénurie de médicaments

Point de vue de l'OFAE

«La Confédération a très peu d’options»

Monika Schäublin, cheffe du département Produits thérapeutiques de l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE) nous livre son analyse.
Competence Muriel Chavaillaz

auteur

Muriel Chavaillaz

Journaliste de Competence pour la Suisse romande et le Tessin

muriel.chavaillaz@hplus.ch

Aviez-vous pressenti cette crise, l’aviez-vous vu venir ? 

Cette crise se dessine depuis un certain temps et est due à des décisions prises il y a longtemps. Nous sommes donc conscients depuis longtemps de cette problématique. De plus, les raisons et les problèmes sont de nature globale et ne peuvent guère être résolus par la Suisse seule.

Monika Schäublin, cheffe du secrétariat du domaine Produits thérapeutiques, OFAE.

Comment faites-vous, au quotidien, pour limiter au maximum les pénuries de médicaments?

En Suisse, l’économie est responsable de l’approvisionnement de la population, cela vaut aussi pour les produits thérapeutiques. La Confédération intervient à titre subsidiaire pour les biens et services d’importance vitale en cas de graves pénuries. Pour cette raison, les options d’action sont très limitées. Pour les biens d’importance vitale, nous avons l’obligation de les déclarer et, dans certains cas, de constituer des réserves obligatoires. Dans le cadre d’un projet mené en collaboration avec l’OFSP, des mesures visant à stabiliser l’approvisionnement en médicaments sont à l’étude. Un rapport est attendu pour mi-2024.

Les patient·e·s sont-elles·ils en danger?

L’approvisionnement en médicaments en Suisse est encore bon par rapport à d’autres pays. Les patient·e·s doivent plutôt se demander comment elles et ils peuvent aussi apprendre à gérer la situation et s’éloigner de l’idée que tout est disponible à tout moment au prix le plus bas. Nous recommandons également de stocker soi-même les médicaments nécessaires de manière chronique et de donner ainsi à la·au pharmacien·ne ou au médecin plus de temps pour trouver une solution individuelle en cas de problèmes d’approvisionnement. Il n’y a que très rarement un risque pour les patient·e·s.

Avez-vous dû engager davantage de personnel pour faire face à cette situation compliquée ?

Nous avons pu créer un poste supplémentaire au sein du service de signalement pour faire face au nombre élevé de perturbations de l’approvisionnement.

Quelles solutions existent-il pour mettre fin à cette crise ?

La Suisse, marché relativement petit et aux exigences élevées, ne fait pas forcément partie des plus attractifs sur le plan économique, avec des prix en baisse constante. La sécurité du site et la stabilité politique sont, entre autres, des arguments en faveur de la Suisse. Il s’agit de préserver ces facteurs en toute sécurité.

En ce qui concerne les mesures de maîtrise des coûts dans le secteur de la santé, les prix des médicaments devraient être considérés de manière différenciée et les médicaments à bas prix de la médecine de base devraient notamment être examinés séparément. 

Une coopération renforcée avec l’UE serait également souhaitable, mais elle n’est aujourd’hui politiquement possible que dans une mesure très limitée. Quelles que soient les mesures prises, il est difficile de résoudre à court terme un problème qui se développe sur le long terme.

Comment les hôpitaux et cliniques peuvent-ils agir pour lutter contre cette pénurie?

Les hôpitaux prennent les mêmes décisions que l’industrie pharmaceutique depuis des années et optimisent les systèmes en vue de réduire les coûts. En cas de perturbation de l’approvisionnement, cela signifie une autonomie réduite et très peu de temps avant que la perturbation ne se répercute sur les services et les patient·e·s. Les hôpitaux devraient veiller à assurer la sécurité de l’approvisionnement avec des stocks appropriés. En outre, il est important de ne pas s’approvisionner auprès d’un seul fournisseur, le moins cher, afin de préserver la diversité. Enfin, les hôpitaux doivent prendre conscience que la sécurité d’approvisionnement telle que nous la connaissions il y a quelques années n’est plus réaliste aujourd’hui.

Photo de titre: via Canva.com

   

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